n’a pas eu l’écho escompté. « Beaucoup d’éleveurs ne sont pas au courant et s’interrogent sur les conséquences de la loi sur la santé animale (LSA) », confie Michel Fénéon, président de la commission d’import-export de la Fédération française des commerçants en bestiaux (FFCB) et directeur administratif et financier d’EuroFeder, à La France Agricole le 29 janvier 2021.

 

 

Pourtant, le temps presse. Les éleveurs qui ont prévu d’exporter leurs animaux à partir du 21 avril 2021 devraient déjà avoir réalisé l’injection de primo-vaccination contre la fièvre catarrhale ovine (FCO). Pour rappel, la loi sur la santé animale impose la vaccination contre les sérotypes 4 et 8 depuis au moins 60 jours avant le départ vers un autre État membre de l’Union européenne.

 

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Aucune visibilité sur les modalités dérogatoires

Si des modalités dérogatoires existent, « nous n’avons à ce jour aucune garantie que l’Italie ou l’Espagne les accorde, rapporte Sylvain Bleubar, directeur général de la FFCB. Il y a donc urgence à ce que tous les animaux vaccinables soient vaccinés et vite, au risque de nous retrouver avec des flux complètement bloqués dès le 21 avril. »

 

Philippe Dumas, président du groupe Sicarev, partage les mêmes inquiétudes. « L’information doit circuler largement, partout dans les campagnes. À moins de quatre mois de sa mise en application, il serait dangereux de miser sur un report de la loi sur la santé animale », ajoute-t-il, alors même que la Commission européenne a écarté cette demande à deux reprises.

 

Il faut dire que la part de bovins exportée à cette période n’est pas négligeable. D’après les données de Bovex, les exportations de broutards vers l’Italie sur les mois d’avril et de mai ont totalisé 17 % des envois cumulés sur l’année 2019. S’agissant de l’Espagne, les envois d’animaux de 4 à 16 mois sur la même période ont représenté 20 % du total.

Les conséquences pour le cheptel laitier ne sont pas à négliger

Quant au cheptel laitier, il mérite tout autant l’attention des opérateurs. Actuellement, les animaux non vaccinés contre la FCO et expédiés vers l’Espagne ou l’Italie reçoivent une désinsectisation 14 jours avant le départ, complétée par un test PCR (dont le résultat doit être négatif).

 

« Il faut espérer qu’on aboutisse à un accord allant dans ce sens avec l’Espagne, au moins pour les bovins âgés de moins de six mois », indique Michel Fénéon. Mais rien n’est encore gagné, d’autant que le sérotype 8 touche à présent le nord de l’Espagne (voir l’encadré). « Les conséquences sur les flux de veaux nourrissons seraient alors catastrophiques sans une vaccination anticipée », reprend-il.

 

D’après les données SPIE-BDNI (1), 318 000 veaux de moins de deux mois ont été exportés depuis la France entre le 1er janvier et le 20 décembre 2020 (+8 % par rapport à 2019), dont une majeure partie à destination de l’Espagne.

 

« Nous avons également tiré la sonnette d’alarme concernant les vaches en lactation. Entre 8 000 et 10 000 femelles, souvent âgées entre 22 et 40 mois, prennent le chemin de l’Espagne chaque année. N’ayant aucune visibilité sur les mesures dérogatoires qui seront acceptées ou non par les autorités sanitaires espagnoles, il est indispensable que les vaches soient valablement vaccinées », reprend Sylvain Bleubar.

(1) Chiffres de traçabilité des animaux issus du système d’information sur l’élevage (SPIE) et de la base de données nationale d’identification animale (BDNI).