« L’urgence est de protéger les prairies en concentrant les animaux sur une parcelle “parking”, insiste Didier Deleau, de la ferme expérimentale Arvalis de Saint-Hilaire-en-Woëvre dans la Meuse. Depuis début juin, les couverts végétaux sont soumis à des températures extrêmes et la pousse est nulle. »

 

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Stopper le pâturage tournant

Dans ces conditions, et contrairement aux préconisations en période « poussante », il est important de stopper le pâturage tournant, sinon les animaux consomment le moindre petit brin d’herbe qui dépasse. « Cela “affaiblit” les plantes, tout comme l’impact du piétinement des animaux sur la parcelle », poursuit-il.

 

« Sous cette pression une partie des espèces prairiales ont bien du mal à résister, poursuit-il. L’importance des trous augmente et lorsque les pluies reviennent, les adventices les colonisent. Plus la prairie est “protégée” pendant les périodes caniculaires et plus elle redémarrera facilement quand l’humidité sera de retour. » Si les orages se présentent, il faudra aussi être réactif pour évaluer les dommages sur le couvert et envisager éventuellement un sursemis.

Mélanger les espèces

« Si les vides dépassent 15 % de la surface, le sursemis peut s’envisager dès la deuxième quinzaine d’août et en présence de pluie importante bien sûr, indique l’expert. Un mélange entre des espèces agressives comme le ray-grass anglais associé au trèfle blanc et des espèces plus lentes à l’implantation, mais plus résistantes au sec semble être un bon compromis pour s’adapter aux conditions météo des années futures. »

 

Si la chaleur est modérée (inférieure à 25 °C) et que la pluie est au rendez-vous, le ray grass anglais sera à son aise. Il sera handicapé si la température est trop importante, alors que la fétuque et le dactyle, espèces plus lentes à l’implantation mais résistant mieux à la chaleur, pourront davantage tirer leur épingle du jeu.

Semer un RGI

« Avec de la pluie toujours, le semis d’un ray-grass d’Italie (associé ou non à une légumineuse type trèfle incarnat) fin août-début septembre, peut être stratégique pour renforcer les stocks, précise-t-il. En 60 jours, il peut produire 2 à 2,5 tonnes de matière sèche par hectare… » Ces dernières années nous ont montré que les conditions automnales pouvaient être propices à la récolte.

Sevrer précocement

Autre mesure d’adaptation à la sécheresse mise en place par la ferme expérimentale de Saint-Hilaire-en-Woëvre : le sevrage précoce des broutards. « Nous recourrons régulièrement à cette pratique ces dernières années à cause du manque d’herbe au pâturage », relate Didier Deleau.

 

« La récolte de fourrages du printemps 2022 est inférieure de 30 % à la récolte moyenne des quinze dernières années, calcule-t-il. Il nous reste un peu de stock de 2021, mais la situation est fragile. Après le sevrage, les besoins des vaches sont plus faibles. Depuis qu’il n’y a plus d’herbe, nous les alimentons avec de la paille et de la mélasse que nous disposons dans un râtelier sur la parcelle “parking”. Les génisses ont des besoins plus importants et elles reçoivent du foin. »

 

Les broutards de la ferme expérimentale ont été sevrés à la mi-juillet, un mois plus tôt que d’habitude. Ils avaient 7,5 mois et pesaient 320 kg en moyenne. « La ferme expérimentale des Établières en Vendée a montré qu’un sevrage précoce n’avait pas d’impact sur les performances des animaux à l’engraissement à condition de réaliser une transition longue (six semaines), souligne Didier Deleau. L’âge à l’abattage, les poids et la qualité des carcasses sont identiques à ceux des animaux sevrés à neuf mois. Le temps de présence en atelier d’engraissement est toutefois supérieur. »