La France agricole : Après deux ans de crise, comment vont nos voisins européens ?

Katrine Lecornu : Dans notre réseau, les plus mal lotis sont les éleveurs néerlandais. D’un point de vue stratégique, leur situation est moins bonne que celle des Danois. Ils ont beaucoup investi en 2013 et 2014 sans augmenter la production. Aujourd’hui, ils n’ont pas d’autre solution que de passer de 8 000 à 10 000 litres par vache. Avec 19 000 € par vache, les producteurs danois sont les plus endettés. Il y a d’ailleurs actuellement beaucoup d’élevages en faillite. À titre de repère, en France, le taux d’endettement est de 2 700 € par vache.

 

Vous insistez pour que les éleveurs se concentrent sur le prix d’équilibre. Pour quelle(s) raison(s) ?

Quel que soit le pays, les éleveurs n’ont pas la main sur le prix du lait. Par ailleurs, nous savons tous que le résultat des exploitations n’est pas corrélé au prix du lait. Au Canada par exemple, on a vu beaucoup de résultats négatifs en 2014 et 2015 avec un prix du lait pourtant à 550 €/t. À l’inverse, il existe une corrélation nette entre le prix d’équilibre – dans lequel chaque heure travaillée est rémunérée – et le coût de production. Dans l’UE (Union européenne), le prix d’équilibre moyen est de 36,2 centimes/kg de lait.

 

Que partagent les éleveurs français et leurs voisins ?

La volatilité des prix fait partie de notre réalité commune. Et nous allons tous devoir refaire des budgets de trésorerie. L’an dernier, lorsque nous avions interrogé nos adhérents, ils étaient 40 % à le faire dont une petite moitié, 18 %, de manière récente. L’agrandissement est un autre de nos points communs. Dans les 5 à 7 ans qui viennent, nos adhérents irlandais prévoient de passer de 60 à 100 vaches laitières, les Danois de 200 à 500, les Italiens de 60 à 100, les Allemands de 180 à 300 et les Néerlandais de 150 à 200. S’agrandir, cela veut dire acquérir de nouvelles compétences. Mais en France, ce sujet est tabou. Il va pourtant bien falloir se poser la question du comment fait-on ? Enfin, quel que soit notre pays, il nous faut répondre aux attentes de la société. Et là, les éleveurs ont à explorer le champ du « milk marketing » du lait de ferme.