«La bonne conduite des génisses laitières permet l’expression optimale de leur potentiel génétique », soutient Aurélie Garcia, installée avec ses parents à Couëtron-au-Perche, dans le Loir-et-Cher. Le Gaec Jac adhère au service Bovins croissance de la chambre d’agriculture du département. « L’agent de pesée vient tous les trois mois avec sa balance embarquée et les 100 génisses passent en une demi-journée », dit-elle.

Vêlages précoces

Avec un objectif de premier vêlage à 24 mois, la marge de manœuvre pour l’insémination (IA) est restreinte. « Le suivi du poids des animaux et du gain moyen quotidien (GMQ) des lots permet de programmer l’IA au bon moment, à partir de 14 mois si la génisse holstein a atteint 410 kg, explique l’éleveuse. Sa conformation doit lui permettre de supporter la gestation. »

Au vêlage, l’objectif est de 650 kg de poids vif, avec une note d’état corporel (Nec) autour de 3. Pour la conseillère génisses de la ferme, Lore Ligonnière, « l’écart de poids au même âge peut être important. Seule la combinaison du poids vif et de la Nec permet de bien gérer la conduite des animaux. » Résultat, « pas de problème de prise à l’IA ni de vêlages difficiles », se félicite Aurélie.

Lots homogènes

Au-delà des questions de reproduction, le suivi de croissance offre un vaste champ d’application. « Après chaque pesée, les lots de génisses sont réarrangés pour rester les plus homogènes possible », explique-t-elle. Car si l’accès à l’auge se complique pour une dominée, l’équation n’est pas meilleure pour la dominante. « Une génisse qui passe au-dessus de 1 000 g de GMQ avant 6 mois, ou 800 g ensuite, risque d’engraisser, ce qui abîme la mamelle, entache le potentiel de production et limite les chances à l’IA. D’autant qu’une mamelle bien conformée est indispensable en système robot. »

Si le lot entier affiche une croissance anormale, le plan d’alimentation est revu. « À seulement 10 kg près, jugés à l’œil, une pathologie ou un problème sanitaire risque de passer inaperçu », alerte Lore Ligonnière. Le suivi de croissance permet de corriger le tir rapidement. « Plus courte est la maladie, meilleur est le rétablissement et moindre est l’impact sur la carrière de la vache », résume Aurélie.

Les primipares produisent plus de 30 kg de lait par jour. Sur le plus long terme, les multipares passent la barre des 40 kg. « Le rapport TB/TP est similaire à celui de la race normande, note-t-elle. Travail génétique et suivi de croissance sont la clé de la rentabilité ! » Alors, pas question de lésiner sur le coût de renouvellement, qui est d’environ 1 700 € par génisse.

« Avec le confinement lié au Covid-19, nous allons passer presque six mois sans pesées, ajoute Aurélie. Certaines petites, visuellement, sont sûrement prêtes pour l’IA. Décaler l’intervention va faire grimper les coûts de production. » Alexandra Courty