Les 30 limousines d’Hugues et Didier Demoulin à Léguillac-de-Cercles, en Dordogne, pâturent tous les jours des fourrages « frais », y compris en été quand la sécheresse bat son plein. Les vaches sont soumises à ce régime de faveur depuis 2013, date à laquelle les associés ont mis en place les intercultures alors qu’ils adoptaient une conduite en agriculture de conservation. « Nous avons décidé d’abandonner la charrue, car les frais de mécanisation étaient trop importants », indique Hugues.

Un mélange d’espèces

Les 140 ha de cultures (blé, orge, triticale, seigle, épeautre, colza…) sont désormais semés en direct. Le sol n’est jamais laissé nu. Dès la récolte à la mi-juillet, les intercultures sont installées. Le semis doit s’effectuer le plus tôt possible afin de bénéficier de l’humidité du sol. « Pour favoriser la levée, certains exploitants sèment les dérobées à la volée trois semaines avant la récolte de la céréale », déclare Camille Ducourtieux, conseillère à la chambre d’agriculture. Les éleveurs ont mis au point, depuis une dizaine d’années, un mélange d’espèces. « Il a pour but d’améliorer la structure du sol et de fournir des fourrages aux bovins », expliquent-ils.

 

L’assortiment comprend du sorgho fourrager (Piper), du tournesol, du pois fourrager, de la vesce, du colza, de la navette, du sarrasin, du radis chinois et du millet. Semé à raison de 40 kg/ha, le mélange revient à environ 60 €/ha, sachant qu’une partie des graines sont produites sur l’exploitation. « La pousse varie en fonction de la pluviométrie, déclare Hugues. Le couvert est pâturé dès qu’il mesure 60 cm. » Il est au goût des bovins qui raffolent, en particulier, de la fleur de tournesol. Les animaux pâturent avec un fil avant et un fil arrière et changent de paddock tous les jours, comme sur les prairies depuis qu’Hugues a suivi une formation de la chambre d’agriculture. « Celle-ci vise à organiser le pâturage à partir des photos satellites du parcellaire », précise Camille Ducourtieux. Petit à petit, les exploitants équipent les parcelles dédiées au troupeau avec des clôtures fixes. « Le changement de paddock ne me prend que quelques minutes. Résultat, grâce à cette conduite, nous n’avons plus besoin d’apporter du foin aux animaux en été », signale Hugues.

« Recharge des prairies »

Le pâturage des intercultures se poursuit jusqu’en novembre. Les animaux rentrent ensuite dans la stabulation car ils abîment le sol (argilo-calcaire). « Avec des ovins, le pâturage pourrait se prolonger pendant l’hiver, sans risque pour le sol », précise Camille Ducourtieux (1). En fonction de la météo et des besoins du troupeau en fourrages, les agriculteurs sèment parfois des dérobées dès la mi-mai derrière la récolte du méteil. Les prairies peuvent aussi être régulièrement « rechargées » avec des graines de légumineuses (annuelles et pérennes).

Ce printemps, par exemple, les associés ont ainsi profité des orages après la récolte d’un enrubannage de luzerne × orge × triticale pour semer du moha et du sorgho (Piper). Il sera pâturé dès qu’il aura atteint une taille de 60 cm (début du mois de juillet). « Il n’y a pas de risque de toxicité pour les animaux, souligne Hugues. L’ambroisie, qui pousse également en abondance sur la parcelle, est facilement consommée par les vaches lorsqu’elle est jeune et proposée en mélange. »

(1) Voir dossier du xxx 2021 sur le pâturage des surfaces additionnelles par les ovins.