Outre le choix du chien et la période d’introduction dans l’élevage (lire l’encadré), de nombreux paramètres sont à respecter pour éduquer avec succès un chien de protection. « L’objectif final est d’obtenir un animal présent avec les moutons 24 heures sur 24, efficace face aux prédateurs et bien socialisé, rappelle Rémi Bahadur Thapa, référent du réseau chien de protection à I’Institut de l’élevage (Idele). Certains savoir-faire sont indispensables pour qu’il devienne un bon outil de travail. »

Élever le chiot en bergerie

Parmi les différentes méthodologies de mise en place du chien, l’Idele en a retenu une qui « a fait ses preuves et s’est affinée au gré des expériences et des retours d’utilisateurs ». Il s’agit d’acquérir un chiot sevré âgé de 8 à 12 semaines. Cet « être social » sera mis dans des conditions adaptées pour qu’il s’attache à son troupeau. Transporté en caisse, il sera conduit en bergerie et placé dans un parc étanche, doté d’une « case refuge » et rempli d’une vingtaine de bêtes « curieuses et accueillantes ». Des agnelles de plus de trois mois non agressives devront être privilégiées. Les mères avec agneaux sont à éviter.

Au bout de deux jours, le chien pourra sortir de sa case. La phase d’acceptation par les brebis peut durer de quelques minutes à trois semaines. On le voit alors manger à l’auge avec les bêtes ou dormir au milieu d’elles. « La surveillance de l’éleveur doit être constante pendant les six à huit premiers mois, avertit Rémi Bahadur Thapa. Il doit veiller à ce que le chien ne prenne pas de mauvaises habitudes. Si celui-ci est trop joueur et commence à mordiller les brebis ou à courir après fréquemment, il faut tout de suite le sanctionner. Il est plus facile d’apprendre en encourageant ou en réprimant sur le moment, que d’avoir à rééduquer totalement un animal devenu adulte. » C’est au cours de cette période en bergerie que sera inculqué au chiot son nom et la notion de bien et de mal.

La première sortie en extérieur, vers quatre mois, sera organisée dans une parcelle de taille restreinte, avec une clôture électrique dont le courant est « concentré ». Elle devra être réalisée avec le lot que le chiot connaît bien. Outre l’apprentissage du respect des clôtures, la perte de repères permettra de vérifier le degré de son attachement au troupeau. Les premières semaines de pâturage seront mises à profit pour vérifier la bonne éducation de l’animal. L’apprentissage du changement de lot d’animaux n’interviendra qu’à partir de six mois.

Socialiser, mais pas trop

L’habituer à l’humain, mais pas trop, est un enjeu important. « Un chien trop socialisé aura tendance à quitter le troupeau pour rechercher la compagnie humaine, pointe le référent de l’Idele. Inversement, une familiarisation insuffisante pourrait générer de l’agressivité et posera des problèmes de cohabitation avec les humains. C’est un subtil équilibre à trouver, qui dépend du caractère individuel de chaque chien, des objectifs de l’éleveur et du contexte de l’exploitation. » Un animal trop collant doit être repoussé. Initiée par les naisseurs du chiot, la sociabilité se renforcera au travers du lien qui unit le chien et l’éleveur. Ce dernier doit rester le maître, et ainsi pouvoir attraper et manipuler le protecteur de son troupeau à tout moment.

Anne Bréhier