À l’horizon 2050, l’évolution du climat va remettre en cause l’autonomie fourragère. Afin de continuer à produire du lait de brebis pour l’appellation Roquefort, faudra-t-il réduire le chargement, intensifier ou encore décaler la période de traite ? Ces pistes d’adaptation ont été proposées par des éleveurs dans le cadre du programme AP3C. Des simulations ont ensuite permis de chiffrer leur impact sur le revenu d’un élevage type des causses, produisant 106 000 litres de lait avec 430 brebis sur 103 hectares.

Préserver l’autonomie fourragère

« En 2050, sur ces causses, la pluviométrie totale devrait rester la même, mais avec des pluies abondantes à l’automne et rares au printemps », indique Laure Gomita, de la chambre d’agriculture de Lozère. La hausse de la température augmenterait l’évapotranspiration et accentuerait le déficit hydrique. Les ressources sur les parcours pourraient alors se réduire de 10 %, les premières coupes de 25 % et le rendement des céréales de 30 %.

La première solution est de compenser ce déficit fourrager par des achats. Le revenu baisse de 21 % et les achats dépassent la limite fixée dans le cahier des charges de l’appellation de 200 kg de matière sèche par brebis et par an. « De plus, ce calcul est effectué avec les prix actuels des fourrages, qui seraient sans doute plus élevés en 2050 si la demande augmentait », poursuit la conseillère.

Dans une deuxième option envisagée, le chargement est réduit afin de préserver l’autonomie fourragère. Avec seulement 280 brebis, les achats n’augmentent pas. Mais la production baisse, et avec un prix du lait restant au niveau actuel, le revenu chute de 41 %.

Décaler la traite

Si la laiterie l’accepte, avancer le début de la traite au 20 décembre au lieu du 20 février permet de produire plus de lait l’hiver à partir de stocks. « Au printemps, les brebis en fin de lactation pâturent sur les parcours plutôt que sur les prairies temporaires, ce qui permet d’accroître la surface destinée aux stocks », explique Nathalie Rivemale, de la chambre d’agriculture de Lozère. Le revenu ne baisse alors que de 19 %.

Un autre scénario associe avancement de la traite, réduction de l’effectif à 280 brebis, augmentation de la productivité de 246 à 310 l/brebis et suppression d’un salarié à quart-temps. « Le système initial, économe, n’utilise pas à plein le potentiel génétique. Augmenter la productivité est réalisable en distribuant plus de concentrés et en améliorant la gestion du troupeau et du pâturage », note-t-elle. Dans cette option, le cahier des charges est respecté pour les achats. La charge de travail augmente mais le revenu ne recule que de 13 %.

« Pour préserver celui-ci dans l’avenir, il faudra combiner plusieurs solutions », estime Nathalie Rivemale. Il y aura également des choix collectifs à faire, que ce soit au niveau de l’appellation, des laiteries ou des pouvoirs publics. « L’irrigation faciliterait le maintien de l’autonomie fourragère. Mais les projets de stockage des pluies hivernales ont du mal à aboutir », constate Laure Gomita. Frédérique Ehrhard