Comme tous les adhérents de l’Union laitière de la Meuse (ULM), les associés du Gaec de la Lochère ont reçu un mail, le mardi 7 avril, leur stipulant l’obligation de réduire leurs quantités de lait livrées en avril et mai.

Pour ces éleveurs, c’est un choc, car trois semaines après le début du confinement en France, chacun avait encore en tête les images de consommateurs dévalisant les grandes surfaces. Mais via l’ULM, son collecteur, le Gaec livre à la fromagerie Renard-Gillard de Biencourt-sur-Orge, qui fait uniquement du brie de Meaux. « Nous souffrons, comme tous les fabricants de fromages dits de plateau, confirme Romuald Auriemma, directeur du site. La chute des quantités fabriquées va être de 30 à 40 % en avril. Nous avons même stoppé l’usine entre le 6 et le 12 avril. Une partie des bries confectionnés fin mars est partie à la fonte. »

Tarissements anticipés

Le Gaec de Lochère, situé à Méligny-le-Petit, au sud de la Meuse, exploite 300 hectares de SAU, dont 80 ha d’herbe. Chantal Bizet et sa fille, Jehanne Pierson, gèrent le troupeau laitier. Il est composé de 200 prim’holsteins, produisant 1,8 million de litres de lait par an. Le niveau de production moyen est de 10 500 l/VL/an. Au sein de l’élevage, les vaches sont conduites en bâtiment. La même ration est distribuée tout au long de l’année. Elle repose sur une base d’ensilage d’herbe, de maïs, de concentrés et, appellation oblige, de pulpes de betterave. Le brie de Meaux est fabriqué avec du lait cru, ce qui implique des analyses supplémentaires du lait produit.

« Du fait de notre production en mars, supérieure de 12 % au volume moyen attendu, nous devons la réduire de 7,5 % sur avril (lire l’encadré ci-contre). Notre cas est particulier et cette baisse de la production ne sera pas trop compliquée à gérer sur le plan technique, explique Chantal Bizet. Nous avons beaucoup de vaches à tarir. Ces tarissements ont été avancés et nous avons également vendu trois vaches de réforme. Nous ne voulons surtout pas modifier l’alimentation. Pour garder le troupeau en état, la ration est restée identique. L’objectif étant d’être de nouveau prêts à produire lorsque ce sera nécessaire, notamment en lait d’été. »

Garder le troupeau en état

Dans le cadre du contrat qui le lie avec l’ULM, le Gaec doit obtenir une production la plus constante possible toute l’année, avec à la clé une prime spécifique. L’obligation de réduction de la production perturbe grandement cette dynamique, avec une importante répercussion économique. « Pour le mois d’avril, nous estimons notre manque à gagner à 12 000 €, précise Jehanne. Nous devrions pouvoir encaisser le choc sans trop de dégâts, en espérant que cela ne dure pas plus de deux ou trois mois. Au-delà, ce sera compliqué pour la trésorerie. » « Même si nous comprenons les impératifs des marchés, souligne Chantal, le constat est amer : ce sont nous les producteurs, au tout début de la chaîne, qui avons, une fois de plus, à pâtir des conséquences de cette crise. »

D. Péronne