«Les pododermatites sont dues au contact prolongé avec une litière humide ou de mauvaise qualité », explique Frédérique Mocz, de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne. Plusieurs facteurs affectent cette qualité : la ventilation, l’eau, le chauffage, la densité, l’aliment, le type et l’épaisseur de la litière ou encore la souche de volaille utilisée.

80 % des animaux notés

Depuis la directive européenne de 2007 relative à la protection des poulets, les États membres de l’Union européenne doivent contrôler d’éventuelles carences en bien-être animal. « Le taux de pododermatite en post-mortem à l’abattoir apporte de nombreuses informations sur les conditions de vie des animaux en élevage. C’est un indicateur reconnu et couramment employé, mais à défaut de précision réglementaire, chaque pays l’utilise comme il le souhaite », poursuit la conseillère, qui a réalisé une étude sur la situation dans l’Union européenne. Ainsi, dix-huit pays ont rendu le contrôle obligatoire. Ce n’est pas le cas de la France. « On estime que 80 % des volailles européennes sont couvertes par un système de notation. »

Les mesures dans les principaux pays

« De nombreux pays de l’Union européenne imposent aux éleveurs n’arrivant pas à limiter leur taux de pododermatites de réduire temporairement leur densité (lire l’encadré ci-contre) », détaille Frédérique Mocz. En Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni, la dérogation des 39 kg/m² est retirée lorsque le niveau maximal est dépassé. « Chaque pays détermine le taux à ne pas dépasser et les actions à mettre en place en cas de dépassement (baisse de densité…). Le système de notation est souvent inspiré du modèle suédois (grille de notation à trois niveaux selon la gravité des lésions) mais la méthode d’observation diffère dans chaque pays (le personnel, les caméras). » Le Danemark se sert d’un système de bonus-malus selon leur score, avec à la clé une rémunération supplémentaire ou des pénalités. Aux Pays-Bas, les éleveurs ayant une densité supérieure à 39 kg/m² doivent renseigner leur taux de pododermatites annuel sur une base de données. Au premier dépassement du seuil autorisé, ils sont tenus de préparer un plan d’action avec leur vétérinaire. En cas de second dépassement, la dérogation des 42 kg/m² est retirée pendant un an.

Dans un rapport sur l’évaluation de la directive poulet, la Commission européenne estime que la prise en compte du taux de pododermatites a permis des améliorations dans la gestion de la pathologie, en citant notamment la Suède, le Danemark et les Pays-Bas. « Il est cependant impossible de comparer les situations entre les pays, chacun disposant de son propre dispositif », souligne Frédérique Mocz.

La situation en France

La France a fait une stricte application de la directive européenne. L’évaluation du taux de pododermatites à l’abattoir n’est pas une obligation légale. « Depuis plusieurs années, des groupements et des abattoirs ont mis en place des grilles de bonus-malus dans leur cahier des charges pour des raisons sociétales ou de meilleure valorisation commerciale des pattes. Chaque abattoir a sa méthode », indique Frédérique Mocz.

Isabelle Lejas