Face au loup, les éleveurs du quart Sud-Est ont dû mettre en place des chiens de protection dans leurs troupeaux. Sans mode d’emploi, ils ont forgé leur expérience sur le tas. Au cours des trente dernières années, à force de persévérance, de tâtonnements et d’observation, ces « éclaireurs » ont acquis de vastes compétences. Sur le terrain, différentes techniques émergent. « Les connaissances ne sont pas stabilisées, déclare Laurent Garde, du Cerpam. Les divergences observées s’expliquent par la diversité des contextes et des historiques. Pour autant, ces savoir-faire fonctionnent, quand bien même ces éleveurs ne sont pas exempts de problèmes de prédation et de multi-usage. »

Isoler le chiot

L’introduction du chiot dans le troupeau reste une phase-clé. À ce sujet, des idées font consensus parmi les dix-sept éleveurs de l’enquête. Tous conviennent qu’il est préférable de le sélectionner dans de bonnes lignées, c’est-à-dire ayant fait leurs preuves au travail. Les naissances d’automne sont à privilégier pour des raisons pratiques. L’hiver, en bergerie, il est plus facile de s’occuper d’eux. Avant le sevrage en tout cas, le chiot reste avec sa mère auprès des brebis.

Après le sevrage, les avis divergent. Certains préconisent d’isoler le chiot. « C’est une pratique assez majoritaire chez les dix-sept éleveurs, constate Sabine Débit, du Cerpam. Cela correspond aussi à un besoin de répartir les chiens un par un entre les différents lots de brebis. »

Une partie de ceux interrogés considèrent au contraire que l’adulte a un premier rôle éducatif pour le chiot. Dans certains cas, il reste avec la mère ou il rejoint une marraine.

L’Association chiens de protection suisse observe que ceux élevés au-delà de deux mois ont la possibilité de se faire « consoler » par leur mère, ce qui leur apporte une stabilité émotionnelle. D’autres préfèrent élever deux chiots ensemble après le sevrage, à part des adultes. Ils jouent ensemble et ainsi ne sont pas tentés de jouer avec les brebis. C’est un moyen de les sécuriser et de leur faire prendre confiance.

« Quand ils grandissent ensemble, ils ont des réflexes pour s’appuyer l’un l’autre », constate l’un des éleveurs.

Pour les coordinateurs de ce projet, les savoirs recensés sont encore imparfaits. Mais « ils sont en constante évolution et ils sont complémentaires aux formations recensées sur le territoire », souligne Fabien Candy, de l’Adem Drôme.

Marie-France Malterre