Frédéric Mazars, responsable de l’équipe bovins viande de la chambre d’agriculture de l’Aveyron, aime à dire qu’il accompagne les éleveurs autant qu’il les conseille. « Les agriculteurs ne connaissent pas vraiment notre métier, estime-t-il. Nous sommes là pour détecter avec eux les leviers prioritaires, afin de répondre à leurs vraies attentes, en ayant une approche globale du système d’exploitation. Ça ne se résume pas à rééquilibrer une ration, même si la nutrition reste fondamentale. Parfois, nous remettons des priorités là où l’éleveur n’en percevait pas. On peut travailler des années sur un souci technique sans aborder les performances économiques, l’équilibre sol-troupeau, ou même le temps de travail, alors que tout est lié. »

Un vrai suivi

Julien Hugonenc et Didier Chabbert, tous deux éleveurs de veaux d’Aveyron & du Ségala label rouge à Villeneuve-d’Aveyron, témoignent. « Je ne m’attendais pas à cette approche, raconte Julien, lui-même ancien conseiller bovins viande en Indre-et-Loire. À chaque visite, nous évoquons plusieurs sujets. Le travail sur les rations est, par exemple, indissociable d’une réflexion sur le pâturage. Dans mon ancien poste, j’avais tendance à orienter chacune de mes visites sur une problématique bien précise. En tant qu’éleveur, j’ai vraiment l’impression d’être suivi. »

Et Didier d’ajouter : « Quand on est tous les jours la tête dans le guidon, on peut aller droit dans le mur sans s’en apercevoir. Mon conseiller est un collègue de travail, pas un technicien. Il m’aide à faire un état des lieux et à établir des liens entre les problématiques. Il est d’ailleurs en contact avec mon vétérinaire. Je retrouve le même dynamisme dans l’appui technique que celui que je connaissais en lait, dans les années 1990. »

« Un schéma tout simple »

Pour amener les éleveurs qu’il accompagne à « relever la tête » et à réinterroger les fondamentaux de leur système, Frédéric Mazars leur propose de se positionner sur un diagramme, selon quatre indicateurs : le niveau de productivité du troupeau, l’autonomie alimentaire, la marge brute par UMO et la satisfaction de l’éleveur vis-à-vis de son métier (voir l’infographie). « C’est un schéma tout simple, qui permet de visualiser quels sont les leviers à activer pour se retrouver dans sa zone de confort », estime Julien, qui se considère assez bien placé.

« Le critère qui m’importe le plus est la satisfaction que je retire de mon travail, confie l’éleveur. Le défi qui se présente désormais est de trouver une alternative au travail bénévole de mes beaux-parents. Vu mon positionnement, je sais que je pourrai financer un salarié à mi-temps, sans sortir de ma zone de confort. La marge baissera un peu, mais le niveau de travail se maintiendra. »