«Les protocoles de vermifugation varient selon la pression parasitaire des pâtures, explique Paul Lamothe, conseiller bovins viande à la chambre d’agriculture du Pas-de-Calais. Mais il y a un facteur que chaque éleveur doit avoir à l’esprit, quel que soit son système : c’est la nécessité de préserver l’immunité des animaux. » Les traitements se raisonnent, de sorte que soit évité le développement des résistances aux vermifuges. Utilisés systématiquement, sans que les risques réels ne soient évalués, ils perdent leur efficacité. Parfois, traiter moins favorise le développement de l’immunité. Il en va de la santé des animaux, mais aussi de celle du porte-monnaie de l’éleveur.

Huit mois pour créer l’immunité

« Lorsque les animaux sortent pour la première fois au pâturage, le traitement peut attendre deux mois, le temps que la pâture atteigne son pic parasitaire », estime Paul Lamothe. Le conseiller propose d’utiliser ensuite des produits dits à effet « chasse d’eau », c’est-à-dire non rémanents. « Ils permettent d’éliminer un maximum de parasites, explique-t-il. L’infime quantité qui reste aide le bovin à travailler son immunité. »

Un second traitement du même type est nécessaire à l’automne, à l’entrée en bâtiment. « C’est toujours le même principe : traiter l’animal, mais faire en sorte qu’il reste en contact avec le strongle, martèle Paul Lamothe. Pour un bovin, il faut huit mois pour créer l’immunité. » Ce second protocole est conseillé pour les animaux en deuxième saison de pâturage. « Et ainsi, c’est terminé, affirme-t-il. Si les traitements sur les deux premières années de vie de l’animal sont bien faits, et que l’immunité est en place, il ne sera pas nécessaire d’intervenir sur les adultes. »

Toutefois, dans des zones humides, à forte pression parasitaire, où faute de pouvoir intervenir sur les animaux à l’herbe, il n’est pas question de prendre de risque. « C’est dommage pour l’immunité, mais mieux vaut utiliser un produit rémanent, concède le conseiller. L’animal sera protégé. »

Afin de connaître la pression parasitaire sur le troupeau, une analyse annuelle, à la rentrée en bâtiment, est nécessaire. La coproscopie évalue le degré d’infestation du troupeau en paramphistomes, la mesure des pepsinogènes dans le sang donne le taux d’infestation en strongles, et la sérologie indique si le foie est touché par la douve. « Un rendez-vous avec le vétérinaire permet de remettre les choses à plat, et d’avoir un conseil personnalisé », rappelle Paul Lamothe.