Le sol en béton se développe en élevage de volaille. « Or, ses caractéristiques thermiques sont très différentes de la terre battue, et variables dans le bâtiment », explique Paul Robin, chercheur à l’Inra. En combien de temps monte sa température ? Comment utiliser au mieux son inertie ? Pour répondre à ces questions, l’Inra, l’Itavi et les chambres d’agriculture de Bretagne et Pays de la Loire ont conduit un essai sur deux lots de poulets durant l’hiver 2013/2014 en Bretagne, en mesurant les températures dans un bâtiment avec sol béton non isolé.

Pour s’adapter à la complexité des interactions entre le climat, la dalle, les animaux et la litière, Paul Robin préconise de découper le pilotage du sol en cinq phases, avec des priorités différentes pour chacune.

1De l’enlèvement au vide sanitaire

L’objectif est de curer et de laver rapidement après l’enlèvement des animaux, afin de profiter du stock de chaleur accumulé dans le plancher, qui facilite le séchage du bâtiment.

2Le vide sanitaire

Peu à peu, la chaleur est restituée dans l’air et le sol se refroidit. Pour limiter cette déperdition, il est conseillé de fermer le bâtiment. « Si le vide est court, on peut remettre la litière dès que le sol est sec. Les mesures ont montré que l’apport de litière, même mince (2 à 3 cm), sur sol nettoyé divisait par deux les pertes caloriques, note le chercheur. Mais si le vide est long et la dalle très froide, la litière aura l’effet inverse. Il faudra alors allonger le temps de chauffage, ou augmenter la température du bâtiment pour réchauffer la dalle. »

3Préchauffer le sol

La température de l’air est supérieure à celle du sol. Cet apport de chaleur chauffe la dalle, sachant que l’objectif est d’atteindre 28 °C au sol pour l’arrivée des poussins. « Dès la mise en route du chauffage par aérotherme, nous avons observé une stratification des températures, avec des écarts de 10 °C entre le sol et 50 cm de hauteur, et à nouveau 10° entre 50 cm et 4,50 m du sol. » Pour limiter la consommation d’énergie, l’Inra conseille de brasser l’air pour l’homogénéiser, et de vérifier la montée en température du sol avec un thermomètre infrarouge.

4Le démarrage des poussins

Le but est d’assurer le confort thermique des poussins (28 °C et vitesse d’air faible). La priorité va se porter sur la ventilation, pour évacuer l’eau excrétée en montant le débit minimal de renouvellement d’air. Paul Robin préconise de limiter l’accès des poussins aux murs du bâtiment (risque de froid et de condensation).

5Stocker la chaleur

Dans la seconde moitié d’élevage, ce sont la dalle et la chaleur dégagée par les volailles qui réchauffent l’air. Cette chaleur est stockée dans la dalle. « La priorité est alors de conserver une litière sèche et homogène. Il s’agit d’évacuer l’eau excrétée en jouant sur les vitesses d’air et l’hygrométrie. On peut envisager de moduler la densité animale pour réduire les déjections dans les zones à tendance humide. »