Ce n’est finalement pas le virus de la peste porcine africaine dont la filière craignait qu’il traverse notre frontière avec la Belgique, qui vient bouleverser nos échanges commerciaux avec la Chine. C’est le désormais célèbre coronavirus, Covid-19 pour les intimes, qui tue l’homme, sème la panique sur les marchés financiers, conduit au confinement de certaines populations et pousse le gouvernement français à écourter le Salon de l’agriculture. Apparu fin 2019 dans l’empire du Milieu, il a littéralement mis ce pays et son économie à l’arrêt. Et quand le poumon économique de l’Asie s’essouffle, c’est toute l’économie mondiale qui est grippée.

Cette fois, il n’est pas question de frontières qui se ferment, mais d’échanges qui tournent au ralenti, voire s’arrêtent. La filière porcine française, par exemple, souffre des problèmes logistiques que le coronavirus pose en Chine. Elle n’est pas la seule dont les relations commerciales sont en souffrance (lire page 18). Dans le secteur laitier, les carnets de commandes sont loin d’être remplis pour mars. La cotation de la poudre de lait commence à accuser le coup de l’absence de la Chine aux achats.

Bien sûr, comme à chaque fois, certains ne se privent pas pour en profiter : des fonds spéculatifs ont parié sur la baisse des marchés des céréales et des oléoprotéagineux. Ce ralentissement de l’appétit chinois a toutefois des effets positifs : le cours du pétrole a chuté sous la barre des 60 dollars. Mais il y a fort à parier que les pays exportateurs trouveront, d’ici la fin de la semaine, un terrain d’entente pour fermer le robinet et redresser le prix du baril de brut.

La vraie question est de savoir quand l’économie chinoise redémarrera. Ce pays dispose de stocks stratégiques dans lesquels il est sans doute en train de puiser. Une fois vides, il devra continuer à nourrir sa population. À ce moment-là, les marchés s’emballeront. Mieux vaudra être prêt pour en profiter et écouler la marchandise qui risque de s’accumuler d’ici là. Personne n’est aujourd’hui capable de dire à quelle échéance cela se produira et si la logistique suivra. Et rien ne garantit que le manque à gagner pourra être rattrapé.

Le coronavirus ne perturbe pas que nos relations avec la Chine. Il se développe en Italie et vient freiner nos exportations de broutards. Chaque jour, il gagne du terrain un peu partout en France. Le 3 mars 2020, à l’heure où ces lignes sont écrites, l’Hexagone compte 204 cas et 4 victimes du virus. Espérons que le dispositif médical français résistera face à l’épidémie. Et que les pouvoirs publics n’oublieront pas les déserts médicaux, parmi lesquels les territoires ruraux, dans leur plan de lutte.

par Éric Roussel rédacteur en chef