Par Éric Roussel rédacteur en chef adjoint

Le Salon international de l’agriculture a lieu tous les ans au moment où s’achèvent les négociations commerciales. L’édition 2018 a eu une résonance particulière, puisqu’elle fait suite aux États généraux de l’alimentation avec, à la clé, une loi censée remettre un peu d’ordre dans cette bataille entre industriels et distributeurs. Qu’il est rassurant, à cette période, d’entendre dire le directeur des achats pour la France de Lidl qu’il faut une « loi simple, qui mette en place un prix minimum garanti » pour les agriculteurs, et signer des accords tripartites pour « garantir aux producteurs partenaires une rémunération plus juste ».

Mais de quel prix minimum parle-t-il ? D’un prix qui garantisse aux agriculteurs de vivre enfin décemment de leur métier, ou d’un artifice qui les tienne à distance des parkings des hyper et supermarchés quand les relations se tendent dans les filières ? D’un sauf-conduit pour étrangler ses fournisseurs, qui ne manqueront pas de donner un tour de vis aux leurs, c’est-à-dire les agriculteurs ? Le doute est permis quand cette enseigne lance une promotion sur le cognac XO à 19,99 € les 50 centilitres, provoquant la colère des producteurs. À moins que ce fleuron de la viticulture française ne soit pas un produit agricole. On nous aurait menti…

Les consommateurs ne viennent pas au Salon que pour profiter des dégustations organisées par les producteurs, les industriels ou les distributeurs. C’est aussi l’occasion d’échanger avec les agriculteurs, le maillon des filières, en qui ils ont le plus confiance. Et là encore, les distributeurs l’ont bien compris. Après avoir utilisé l’image des éleveurs qui fournissent son abattoir dans ses publicités à la télé, Intermarché appose la photo de producteurs sur les briques de lait à sa marque « Les éleveurs vous disent merci ». Pourquoi limiter la démarche, et la revalorisation du prix à la production qui va avec, au seul lait de consommation, quand on possède sa propre laiterie ? Un peu d’ambition, que diable ! C’est ça que les agriculteurs attendent, Messieurs les distributeurs.