La France reste une grande puissance économique et agricole, mais la pandémie a remis en évidence quelques fragilités.

L’exemple le plus criant est celui des vaccins contre la Covid. Pas facile de mettre en place une stratégie vaccinale lorsque l’approvisionnement dépend d’autres pays. Rappelez-vous aussi qu’au printemps 2020, c’est le paracétamol qui était rationné. Ces exemples ne touchent pas directement l’agriculture, mais montrent les limites d’une stratégie à l’œuvre depuis des décennies : celle qui consiste à laisser filer son industrie pour produire là où la main-d’œuvre est moins chère. Ajoutez à cela des usines d’assemblage sur le territoire français ou européen qui limitent leurs stocks de pièces, et vous avez tous les ingrédients pour conduire un producteur de tracteurs comme Fendt à fermer des sites pendant quelques semaines (voir À la Une, page 14). Et ne parlons pas des panneaux solaires que nous importons de Chine, faute d’avoir su protéger la production locale. Il ne manque plus qu’un porte-conteneurs bloque le canal de Suez pour tendre un peu plus la situation.

Sacrifier son indépendance, c’est aussi le choix qu’a fait l’Union européenne pour sa production de protéines végétales, préférant importer du soja. Aujourd’hui, la France essaie de reconstruire son autonomie protéique avec le plan de relance. Il serait regrettable que les tensions sur le marché des matériels agricoles freinent l’entrain des agriculteurs français à restaurer notre autonomie protéique, au moment où Julien Denormandie annonce une seconde enveloppe pour le plan protéines. D’autant que le soja reste un adversaire de poids en termes de compétitivité.

Ces difficultés montrent à quel point les pouvoirs publics français doivent tout faire pour consolider l’agriculture française. C’est la souveraineté alimentaire de l’Hexagone qui est en jeu, un élément à ne pas perdre de vue au moment où se déroulent les négociations de la prochaine Pac. Ce n’est pas le moment de fragi­liser un peu plus les exploitations françaises et de créer de nouvelles distorsions de concurrence au niveau européen. Nous avons déjà quelques exemples des dégâts que cela peut occasionner. Non, c’est le moment de soutenir les agricultrices et agriculteurs français. Et si manger local doit coûter un peu plus cher, le gouvernement doit l’expliquer et le faire accepter à la grande distribution et aux consommateurs. À moins que ceux-ci veuillent se nourrir demain de produits importés qui ne répondront assurément pas à leurs aspirations de citoyens !

par Éric Roussel

Rédacteur en chef