La nature a horreur du vide. Alors, quand les attentes des consommateurs évoluent, certains cherchent à y répondre. Dans le contexte ambiant de méfiance vis-à-vis des produits phytosanitaires, des agriculteurs ont décidé de se lancer dans une sorte de troisième voie entre le bio et le conventionnel, le SRP, « sans résidu de pesticides » (voir notre dossier page 44). Un peu comme dans le secteur automobile, avec les SUV qui ont l’allure de 4 x 4, tout en n’en étant pas, mais qui satisfont une partie des acheteurs.

Évidemment, ces démarches SRP, portées par des coopératives ou collectifs d’agriculteurs ayant chacun sa propre marque ou dénomination – « Nouveaux champs », « Demain la terre »… – risquent de brouiller un peu plus la lisibilité pour le consommateur. Car à côté du bio, le gouvernement veut développer la certification environnementale, en visant de manière ambitieuse, dans son plan biodiversité, quinze mille exploitations certifiées HVE (haute valeur environnementale) en 2022 (2 272 au 1er juillet 2019). Une certification officielle avec des exigences identiques pour toutes les exploitations.

Même s’ils ne font pas l’objet d’une certification officielle, les cahiers des charges des démarches SRP sont sérieux et rigoureux. Mais les chartes restent différentes d’une démarche à l’autre. En matière de résidus de pesticides, certaines se situent en dessous de la limite de détection, tandis que d’autres se placent sous la limite de quantification, sachant que, sur le plan réglementaire, ce sont les LMR (limites maximales de résidus) qui font référence (lire page 49). Cela signifie néanmoins que l’exigence des démarches SRP est réelle, avec des contrôles effectués par des organismes indépendants. Pour autant, toutes ces subtilités risquent d’échapper au consommateur, qui décidera surtout d’acheter en lisant sur le produit l’allégation « sans pesticide ».

Alors, puisque la demande existe, autant y répondre. Tout le monde ne veut pas acheter du bio, ni en payer le prix. La distribution, toujours prête à occuper un créneau, ne s’y est d’ailleurs pas trompée en accueillant volontiers dans ses rayons les produits « sans résidus ». Dans le secteur animal, on trouve bien du jambon produit à partir de porcs nourris sans OGM, ou des lapins élevés sans antibiotiques. Évidemment, ces démarches SRP peuvent jeter la suspicion sur l’agriculture conventionnelle ou amener à une montée des exigences propice à rogner les tarifs. Il faut surtout y voir des démarches de progrès. Et au final, l’essentiel est que le producteur s’y retrouve en termes de prix et de marges.

par Yvon Herry,

directeur de la rédaction