En pleine guerre contre le coronavirus, Emmanuel Macron a décidé de saluer le travail de « ceux qui approvisionnent les Français », en se rendant dans le Finistère, où il a visité une exploitation maraîchère, le 22 avril dernier. Bonne idée, mais il n’a pas fallu longtemps pour que des reproches jaillissent. Pourquoi ? Parce que le président de la République a choisi un agriculteur qui « confine » ses tomates en rangs serrés dans une serre, et de mettre l’accent sur la complémentarité entre les différents types de production et de circuits de commercialisation. La Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) a vu rouge, et interprété ce choix comme « une déclaration de guerre à la transition écologique ».

Si le gouvernement encourage dans son discours à développer l’agriculture biologique, la réalité est tout autre. Entre les retards de  paiement des aides et la suppression de celles au maintien, les sujets de discorde ne manquent pas. Cerise sur le gâteau, le chef de l’État a choisi comme deuxième étape de son déplacement une grande surface. Ce qui a été interprété comme un hommage à ceux qui ne reculent devant rien pour développer leurs ventes, n’hésitant parfois pas à défendre un bio à bas prix.

La Fnab n’est pas la seule déçue par cette visite présidentielle. Les industriels de l’agroalimentaire n’ont pas non plus apprécié que le président de la République ne les associe pas à cet hommage. En Bretagne, il n’est pourtant pas difficile de trouver une entreprise de ce secteur. Emmanuel Macron aurait, par exemple, pu faire un crochet par l’abattoir qui appartenait au groupe Doux, à Châteaulin. Il l’a déjà visité quand il était ministre de l’Économie. L’Ania (1) lui a même écrit une lettre ouverte pour dénoncer cet oubli.

Où est donc passé l’esprit des états généraux qui vantait les mérites de la montée en gamme ? Cette grande messe qui devait aboutir à un rééquilibrage du rapport de force dans la chaîne alimentaire et faire oublier la guerre des prix. À croire qu’il s’est volatilisé, surtout lorsque nous entendons le ministre de l’Agriculture reprocher aux éleveurs de bovins allaitants de défendre leur revenu en retenant les animaux dans leur ferme. Aurait-il peur que les consommateurs en fassent les frais et le reprochent au gouvernement ?

Et les agriculteurs, garderont-ils cette image de héros de la nation une fois la crise sanitaire oubliée, ou seront-ils relégués au dernier rang, comme les forces de l’ordre après les attentats du 13 novembre 2015 ? Difficile à dire. En revanche, les files d’attente devant les drives d’une grande chaîne de restauration rapide à leur réouverture, le 20 avril, laissent planer quelques doutes sur l’intérêt de certains consommateurs pour la montée en gamme de leur alimentation.

(1) Association nationale des industries alimentaires.

par Éric Roussel

Rédacteur en chef