Par Yvon Herry rédacteur en chef web

«Ça cogne toujours dans les box » de négociation, relatait récemment un observateur du secteur de la grande distribution. Une charte visant à une répartition « équitable » de la valeur au sein des filières a pourtant été signée le 14 novembre, par l’ensemble des syndicats agricoles, les industriels et tous les grands distributeurs, y compris Leclerc. Certes, le roi des prix bas n’est pas venu de gaieté de cœur à la cérémonie organisée par le ministre de l’Agriculture et faisait plutôt la tête sur la photo. L’esprit de cette charte infusera-t-il dans les comportements de la distribution au cours des négociations qui doivent s’achever le 28 février 2018 ?

Ne soyons pas naïfs. On ne change pas des années de relations déséquilibrées du jour au lendemain. Et surtout pas avec un texte qui n’est pas contraignant juridiquement. Souvenons-nous de l’accord signé en 2011 visant à répercuter les variations des prix de l’alimentation animale dans les négociations commerciales. Il a fait long feu. Et il y a un an, les principales enseignes de distribution de la FCD signaient une charte pour des « relations commerciales apaisées ». Mais les tensions sont restées aussi vives.

Le changement ne pourra donc venir que de la loi. C’est d’ailleurs ce qu’a promis le président de la République avec un texte visant à rééquilibrer les relations commerciales présenté au premier semestre 2018, via des ordonnances. Les points sensibles sont connus : seuil de revente à perte, limitation des promotions, clause de renégociation… Mais il ne faudra pas mollir car certains distributeurs seront toujours très actifs en termes de lobbying pour édulcorer l’impact du texte. Avec, par exemple, un chantage à la hausse des prix à la consommation. Si l’on veut que les agriculteurs vivent dignement de leur métier, il n’y a pourtant pas d’autre solution. Cette tentative pour rééquilibrer le rapport de force n’est pas la première. Mais si on rate le coche, ce sera sans doute la dernière !