Voilà une politique qui marche, si l’on peut dire : le seuil de 500 loups adultes présents en France est déjà atteint, avec quatre ans d’avance sur ce qui était prévu par le plan loup ! Ce chiffre correspond au seuil de « viabilité démographique » de l’espèce. Le Groupe national loup s’est réuni le 28 mai pour faire le point sur le sujet. Mais le comble, c’est que l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) est venu sans les chiffres officiels alors que ceux-ci constituent la base pour mettre en place la politique. De quoi provoquer la colère des responsables agricoles présents.

Dans le compte rendu diffusé à l’issue de la rencontre, le gouvernement ménage les défenseurs de l’environnement en parlant de « vitalité de la population lupine » et les éleveurs rappelant qu’il faut aussi « protéger les activités agricoles, notamment pastorales ». C’est le moins que l’on puisse dire car les loups présents dans une trentaine de départements font des dégâts considérables. En 2018, ils ont été responsables de près de 3 700 attaques sur des animaux domestiques, faisant plus de 12 500 victimes, essentiellement des ovins. Un chiffre qui progresse par rapport à 2017.

Tout cela coûte environ 30 millions d’euros par an, soit 60 000 euros par loup protégé. Des sommes qui seraient bien mieux utilisées par les éleveurs eux-mêmes.

Fidèle à la politique des petits pas dans ce domaine, le gouvernement a annoncé le 28 mai de nouvelles mesures pour faire face à la prédation. Trop peu pour les organisations agricoles. Car le loup, espèce protégée, ne craint plus l’homme et s’est adapté aux moyens de protection mis en place, faisant vivre un stress permanent aux éleveurs comme le montrent tous les témoignages. De quoi décourager des paysans à poursuivre leur activité pourtant si vitale dans les zones touchées. À noter que quand le loup menace des zones habitées, on se pose bien moins de questions pour l’éliminer. Face à une population lupine qui croît de 20 % par an, il faudrait donc des mesures bien plus draconiennes en termes de prélèvement et de tir comme vient de le faire l’Allemagne.

Mais compte tenu du score des écologistes aux dernières élections européennes, mais aussi celui de la liste animaliste, le gouvernement risque fort, comme bien souvent pour les sujets touchant l’agriculture, d’aller dans le sens du vent de l’opinion. Un loup préservé rapporte plus de voix qu’un mouton épargné ! Il continuera donc de ménager la chèvre et le loup.

par Yvon Herry, rédacteur en chef web