La moisson 2020 ne restera pas dans les mémoires comme un bon cru. La récolte de blé tendre chuterait sous la barre des 30 millions de tonnes, ce qui en fait la troisième plus petite de ces vingt-cinq dernières années (voir La France agricole du 31 juillet 2020, p. 14). Même déception pour les orges d’hiver et le colza ! L’heure du bilan pour le maïs et le tournesol n’a pas encore sonné, mais les températures et l’absence prolongée de pluie laissent craindre le pire là où l’irrigation n’est pas possible. Et la situation des éleveurs dont les prairies ont grillé en juillet n’est guère plus brillante.

Seule source de satisfaction, la qualité des céréales est au rendez-vous. Les opérateurs qui exportent pourront servir leurs clients… mais à quel prix ? À quoi sert la qualité, quand la quantité n’y est pas ? Car une récolte médiocre chez nous alors qu’elle s’annonce record ailleurs, il n’y a rien de pire. Elle s’accompagne souvent de prix laminés, comme en 2016, une campagne qui a laissé un très mauvais souvenir.

Si nous sommes face à une si mauvaise récolte, c’est notamment à cause des conditions climatiques. Les colzas ont été semés alors que la sécheresse sévissait encore. À l’inverse, une partie du blé n’a pu être implantée parce que la pluie avait rendu les champs impraticables. Et pour couronner le tout, le printemps a été chaud et sec. Voilà qui apporte de l’eau au moulin des défenseurs de l’assurance récolte, un dossier que Didier Guillaume, alors ministre de l’Agriculture, a remis en chantier en juillet 2019. Il avait promis des mesures début 2020, délai qu’il n’a pas tenu comme pour d’autres sujets tels que le plan protéines.

Le dossier revient donc à son successeur, Julien Denormandie, qui s’est exprimé sur le sujet devant les députés de la Commission des affaires économiques, expliquant qu’il souhaitait « accompagner les agriculteurs » vers des systèmes assurantiels, notamment sur les prairies. Patience donc… mais le gouvernement a fait savoir en juin aux sénateurs qu’il n’était pas favorable à une augmentation du taux de subvention, ni à une baisse du seuil de déclenchement, au moins pour 2020 et 2021.

Autre élément qui a fragilisé les cultures : les problèmes sanitaires, et notamment ceux véhiculés par les pucerons. La jaunisse nanisante de l’orge a fait de gros dégâts. Il se passe la même chose avec le virus de la jaunisse qui sévit dans les champs de betteraves. L’absence d’alternatives aux néonicotinoïdes n’a pas permis de maîtriser ces ravageurs. Devant l’Assemblée nationale, Julien Denormandie a promis, le 28 juillet, un plan d’aide financier et que « jamais, jamais, jamais », il n’abandonnera la filière sucrière. Face à cette sécheresse, à cette mauvaise récolte et aux autres chantiers qui l’attendent (négociations de la Pac, agribashing, phytos…), qu’il fasse preuve de davantage d’ambition et n’abandonne « jamais, jamais, jamais » les agriculteurs français, céréaliers et éleveurs, face à leurs détracteurs et aux distorsions de concurrence !

par Éric Roussel rédacteur en chef