La France est une grande puissance agricole et elle vient à nouveau de le prouver lors de ces trois derniers mois. Ses éleveurs, ses céréaliers, ses maraîchers, ses arboriculteurs n’ont pas calé face au coronavirus, qui a contraint le gouvernement à mettre l’économie hexagonale au point mort. Ils ont continué à produire malgré les difficultés, pour assurer l’approvisionnement des circuits français de la distribution. Mais ce géant agricole a aussi ses faiblesses, que la crise sanitaire a mis en évidence, comme sa dépendance aux importations pour certains de ses intrants, ou encore pour les pièces détachées pour l’entretien du parc de matériel, indispensable au bon fonctionnement d’une exploitation.

L’Hexagone n’est pourtant pas sous-équipé en termes de sites industriels dédiés à la fabrication de matériels agricoles. Il est le troisième pays producteur, avec un chiffre d’affaires de près de 5 milliards d’euros (lire À la une, page 12). Quand elles ne sont pas à l’arrêt à cause du Covid-19, les usines produisent et exportent partout dans le monde. Mais, comme certaines filières agricoles, le secteur français de l’agroéquipement manque de ressort sur le plan commercial. Sa balance des échanges affiche un déficit de 318 millions d’euros en 2018, ce qui le place à l’avant-dernière place dans l’Union européenne, juste devant la Roumanie.

Autrement dit, la filière française de l’agroéquipement importe plus qu’elle ne vend à l’étranger. Dans certains secteurs, comme les automotrices de récolte ou les salles de traite, elle a même perdu son savoir-faire. Cette situation n’est pas sans rappeler celle de la filière bovine, qui manque de bouchers pour valoriser sa viande, ou le secteur avicole qui, après avoir compté des leaders européens, importe aujourd’hui à plein régime.

La situation est-elle désespérée ? Non. Même si la France compte de moins en moins de poids lourds dans le secteur de l’agroéquipement, elle peut encore s’enorgueillir de belles marques reconnues, comme Exel, Manitou, Sulky. Surtout, elle attire les constructeurs étrangers, et certains l’ont même choisie pour en faire leur tête de pont mondiale dans la construction de matériels, de moteurs ou de composants. Bref, le secteur de l’agroéquipement en a encore sous la pédale en France. Et il se porterait sûrement encore mieux si les pouvoirs publics desserraient la vis réglementaire, sociale et fiscale aux filières agricoles françaises. Et s’ils mettaient de l’huile dans les rouages pour libérer les chevaux de notre agriculture et de ses hommes et femmes.

par Éric Roussel

Rédacteur en chef