Médecins, infirmières, caissières, éboueurs… Toutes ces personnes ont un point commun avec les agriculteurs : mal considérés ou maltraités hier par les politiques publiques, ils sont les nouveaux héros de la patrie que le gouvernement appelle à soutenir. Les agriculteurs, que certains traitaient d’empoisonneurs voilà encore quelques semaines, sont encensés de toute part et classés parmi ceux dont l’activité est essentielle dans la guerre contre le coronavirus.

Et pour cause, les Français ont faim, ou plutôt, ils ont peur de manquer au point de se ruer dans les grandes surfaces et de remplir leurs caddies de pâtes, de farine ou encore d’œufs. Craindraient-ils le retour des tickets de rationnement que la plupart d’entre eux n’ont pas connu ? Ce ne sont pourtant pas les chars d’une puissance ennemie qui arrivent, mais un virus. À moins que les Français aient des doutes sur le discours qui se veut rassurant du gouvernement.

Il n’est donc pas étonnant que les agriculteurs retrouvent une place de choix aux yeux des consommateurs et des pouvoirs publics. Ils sont la cheville ouvrière de la chaîne alimentaire. Sans eux, impossible de faire tourner les usines agroalimentaires, sauf à importer de la matière première, et de ravitailler les magasins. Alors s’ils manquent de quoi que ce soit, le gouvernement s’en charge. De main-d’œuvre ? Qu’à cela ne tienne, le ministre de l’Agriculture convoque « l’armée des ombres », ceux mis au chômage par le confinement. Il les invite à venir prêter main-forte dans les champs et remplacer les travailleurs saisonniers qui viennent d’habitude des pays de l’Est ou du Sud. Charge aux agriculteurs de former ces dizaines de milliers de volontaires qui se seraient manifestés, ainsi que d’assurer la paperasse administrative qui ira avec, mais c’est peut-être aussi une opportunité de renouer les liens distendus avec la société.

Avec cette crise, le gouvernement et la population française redécouvrent l’importance d’avoir de vraies politiques publiques. Pour la santé, bien sûr, mais également pour l’agriculture si nous voulons qu’elle assure la sécurité alimentaire des Français et participe à la richesse du pays. C’est un argument de plus en faveur d’une Pac forte, tandis que les débats sur le prochain budget ont commencé. Les Français redécouvrent les vertus de leur agriculture, et ils ne sont pas les seuls. La grande distribution aussi. Elle n’hésite pas à jouer la carte de l’agriculture locale.

Bref, tout semble sur la bonne voie. Espérons que le mouvement amorcé se poursuivra au-delà du confinement et de l’épidémie, qu’il n’y aura pas de retour de bâton. Que la fièvre ne retombera pas pour retourner à une autre guerre, celle des prix.

par Éric Roussel
rédacteur en chef web