Au début des années 1990, lorsque vous vous rendiez à Bruxelles pour suivre les conseils des ministres de l’Agriculture, il vous arrivait de croiser dans la salle de presse un journaliste britannique plutôt original, Boris Johnson. Peu auraient alors parié que ce correspondant du Daily Telegraph, adepte des fake news sur l’Union européenne, serait un jour Premier ministre de son pays. Et qui plus est, qu’il piloterait la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Il faut dire que le parcours qui a mené au Brexit de ce 31 janvier 2020 a été jalonné de moult péripéties, à commencer par le pari perdu de David Cameron sur le référendum de juin 2016. Aujourd’hui, nous entrons de plain-pied dans la réalité du Brexit, avec un Boris Johnson certes imprévisible, mais qui veut avancer à marche forcée et imposer son tempo.

En effet, va désormais s’ouvrir la négociation de la « relation future » entre Bruxelles et Londres, que le Premier ministre britannique veut clore au 31 décembre 2020. Difficile pourtant de parvenir à un accord en aussi peu de temps, compte tenu de l’ampleur des sujets à traiter. Sans compromis à cette date sur les relations commerciales futures et sans extension de la période de transition, le Royaume-Uni redeviendrait un pays tiers. Cela entraînerait la réintroduction de droits de douane de 15 à 30 % en moyenne sur les produits agroalimentaires européens, avec de sérieuses conséquences sur les échanges. Car la France est le deuxième fournisseur de produits alimentaires de ce pays, qui est notre troisième client. Nous exportons ainsi environ 5 milliards d’euros vers le Royaume-Uni. Si toutes les filières ne sont pas autant concernées (lire À la une, page 14), l’absence d’accord aurait un réel impact.

Un compromis préservant les intérêts européens est donc indispensable. La Commission pourrait d’ailleurs négocier des clauses de sauvegarde pour faire face à des perturbations du marché communautaire. Mais il faudra aussi régler la répartition des contingents tarifaires prévus dans les accords de libre-échange entre l’Union et le Canada, ou les pays du Mercosur. Les volumes en question ne doivent pas revenir en totalité dans l’UE. Il faudra également surveiller les accords de libre-échange que le Royaume-Uni, dépendant pour moitié de l’extérieur pour sa consommation alimentaire, pourrait signer avec les États-Unis ou d’autres pays, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Brésil. En fait, de nombreux points importants pour les échanges futurs entre l’UE et Londres restent à régler.

Pour autant, un no deal ne peut être totalement exclu.

par Yvon Herry directeur de la rédaction