Quels que soient les pays (France, Allemagne, Italie, Pologne, États-Unis, Brésil…, lire page 14), les problèmes auxquels les paysans et les filières agricoles font face à cause de l’épidémie de Codiv-19 sont similaires : fermeture d’une partie des débouchés intérieurs, problèmes logistiques, marchandises non écoulées avec des conséquences économiques. Les échanges internationaux sont aussi perturbés et, un peu partout, la machine se grippe : l’Argentine voit ses exportations chuter, la Russie limite ses ventes de céréales à l’export pour assurer sa stabilité intérieure, les échanges extérieurs des pays européens se compliquent selon les secteurs, la Côte-d’Ivoire soutient ses cultures d’exportation en prévision d’une récession mondiale… Sans parler de la pénurie de main-d’œuvre, qui oblige Britanniques et Allemands à affréter des avions afin de faire venir des saisonniers des pays de l’Est, et inquiète les producteurs australiens pour la récolte des fruits et légumes.

La situation actuelle met ainsi en exergue l’internationalisation croissante des flux de produits agricoles et de main-d’œuvre, ainsi que la dépendance alimentaire touchant certains pays. Rapidement au cours de cette crise, l’ONU a pointé du doigt le risque que cela représente pour des États, africains notamment, tributaires des importations d’aliments et des exportations pour les payer alors que le monde entre en récession.

Mondialisation et interdépendance ont leurs limites pour un élément aussi stratégique que l’alimentation.

C’est donc à juste titre que le président de la République a déclaré qu’« il nous faudra rebâtir une indépendance agricole ». Reste à ouvrir le chantier. Cela pose notamment la question d’une exception agricole dans les négociations internationales afin d’éviter la concurrence déloyale pour certaines filières avec des accords comme celui du Ceta entre l’UE et le Canada ou le traité envisagé avec le Mercosur. L’agriculture ne peut plus être bradée pour des voitures ! Quid aussi de notre dépendance au soja brésilien ? Quant à la Pac, qui a été désarmée, elle doit retrouver son rôle de régulation pour protéger les producteurs des aléas des marchés mondiaux. Car sans une agriculture rentable, pas d’autonomie alimentaire à terme.

Mais cela ne se fera pas avec un modèle unique : en France, l’agriculture doit rester diversifiée pour répondre à toutes les demandes tant en prix qu’en qualité, surtout si la récession s’aggrave. On a vu ce que nous a coûté notre perte de compétitivité : en quelques années, nous sommes devenus déficitaires avec nos partenaires européens. Donc demain, pas de diktat, ni d’idéologie, mais du réalisme pour « le monde d’après » !

par Yvon Herry directeur de la rédaction