L’agriculture est une source inépuisable de polémiques pour la presse grand public. Après le glyphosate et le bien-être animal, les médias ont trouvé une nouvelle cible avec les énergies renouvelables. Depuis quelques mois, ils tirent à boulets rouges sur la méthanisation et l’agrivoltaïsme. Et tous les courants idéologiques se lancent dans la critique, depuis Le Figaro jusqu’à L’Humanité.

Sans surprise, la première salve est venue de Cash Investigation dans son émission du 11 novembre consacrée aux déchets. Contre toute attente, la méthanisation agricole a été relativement épargnée, avec un reportage pointant les avantages d’une petite unité de cogénération bretonne. Mais les grosses installations en ont pris pour leur grade, le reportage n’hésitant pas à faire un parallèle discutable avec la situation allemande, où les digesteurs sont alimentés avec du maïs.

Et c’est justement en se basant sur cette expérience et ses conséquences sur le foncier et le prix de l’alimentation animale que la presse écrite s’est engouffrée dans la brèche. Les articles à charge se multiplient, avec des titres sans ambiguïté comme « L’essor fumeux de la méthanisation ». Le traitement est toujours le même, pointant les subventions, les risques supposés pour l’environnement et la compétition avec l’élevage. Les avantages de la méthanisation comme l’intérêt fertilisant du digestat, la production non-intermittente d’électricité ou encore la possibilité de remplacer le gaz fossile importé par une production locale sont à peine effleurés. Le rapport de l’Inrae, qui pointe l’impact environnemental bénéfique de la méthanisation, n’est jamais cité, sauf par « L’Huma » qui accuse l’organisme de recherche de baser ses conclusions sur une erreur de calcul, avec la prise en compte du CO2 biogénique (fixé par les plantes via la photosynthèse).

Le biogaz n’est pas la seule cible. Libération vient ainsi de publier un dossier à charge contre l’agrivoltaïsme, attisant les craintes de voir se développer une production agricole-prétexte sous les panneaux. Nul doute que ces premières offensives ne sont que le début d’une cabale contre les énergies renouvelables. Elles sont pourtant indispensables pour assurer la transition énergétique et pérenniser de nombreuses exploitations. Le risque d’un tel battage médiatique est que les porteurs de projets voient leurs dossiers systématiquement refusés lors des enquêtes publiques par des citoyens mal informés. Une fois encore, les agriculteurs vont devoir redoubler d’efforts et de pédagogie pour rattraper les effets dévastateurs des procès d’intention.