Dans notre culture, la couleur verte est associée à l’espoir et à la nature. Bruxelles a visiblement fait son choix, celui de la nature. Si vous vous interrogez encore sur l’impact de son pacte vert et de la prochaine Pac pour l’agriculture, alors jetez un œil à l’étude publiée discrètement cet été, très discrètement même, par le Centre commun de recherche de la Commission européenne (voir en page 27). Son verdict est sans appel : les stratégies De la ferme à la fourchette et Biodiversité, combinées au nouveau virage vert de la Pac, auront un effet positif pour l’environnement, mais se solderaient par une chute de 10 à 15 % de la production agricole européenne à l’horizon 2030. Les prix à la production augmenteraient, mais ne compenseraient pas les pertes de production. Le revenu des agriculteurs reculerait pour la plupart des secteurs.

Autrement dit, les objectifs fixés par Bruxelles en termes de réduction de l’usage des produits phytosanitaires, des engrais, et de développement de la production biologique, mettent l’agriculture européenne sur une pente dangereuse, celle de la décroissance. Personne ne peut blâmer l’Union européenne de vouloir protéger le consommateur, sa santé, ou de lutter contre le réchauffement climatique, dont les agriculteurs sont aussi les victimes. De là à faire le choix d’avoir moins de croissance, il y a de quoi contrarier les espoirs des plus optimistes de ceux qui cherchent des solutions pour adapter l’agriculture aux nouvelles exigences de la société. Ce serait un comble à une époque où le gouvernement français ne jure que par la souveraineté alimentaire, la montée en gamme, et défend une proposition de loi sur la rémunération des agriculteurs.

Nul doute que pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, l’Europe privilégiera le chemin d’une croissance décarbonée. Le monde agricole s’y est attelé, et multiplie les méthodes éligibles au label bas carbone (lire en page 22). Mais cette croissance verte a un coût, elle nécessite des investissements importants, que la Commission ne doit pas oublier d’accompagner sur le plan financier. Sinon, l’Europe risque de perdre son rang de grande puissance agricole. Il ne faut pas non plus être naïf. Quel sera l’impact réel sur la planète des efforts consentis par l’Union européenne si les autres pays ne s’engagent pas dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Si l’Europe n’impose pas aux produits importés les mêmes contraintes qu’à ses agriculteurs ? L’espoir doit aussi faire vivre !