Alors que la moisson connaît des retards dus à la météo, la France devrait engranger cette année une récolte de céréales en net rebond. Grâce à cette hausse de la production, le blé français va pouvoir repartir à la conquête des marchés à l’exportation. Et parmi ceux-ci, le marché chinois « devrait rester un élément très important de dynamique », estime FranceAgriMer. Pékin a, en effet, acheté cette année près de 1,8 million de tonnes de blé français, un record (lire l’Analyste, p. 8). En fait, si la Chine achète une part importante du soja mondial, l’élément nouveau sur le marché international est qu’elle a plus que doublé ses importations de céréales – maïs, blé, orge, sorgho – entre 2019-2020 et 2020-2021. Et d’une manière globale, Pékin est devenu le premier importateur de produits agricoles et alimentaires dans le monde.

C’est « l’explication majeure » à la hausse des prix des matières premières agricoles au niveau mondial ces dernières années, explique Philippe Chalmin (1), qui coordonne CyclOpe, le rapport annuel sur le marché des matières premières. Une flambée qui est surtout un rattrapage pour retrouver le niveau de 2012, plutôt que, selon lui, une entrée dans un cycle long de prix élevés. Dans l’avenir, l’évolution des marchés agricoles restera très liée aux achats de Pékin. D’ailleurs, les opérateurs se demandent quand la Chine reviendra à son niveau de production porcine d’avant l’épidémie de peste porcine africaine, la situation actuelle dans le pays n’étant pas très claire (lire La France agricole du 9 juillet). Producteurs français et européens espèrent cependant que le déficit chinois en viande porcine sera durable. Quant aux produits laitiers, le pays a assuré 12 % des importations mondiales en 2020.

Pour autant, tout ne dépend pas que de la Chine. D’autres facteurs influent sur l’évolution des marchés et le prix des matières premières agricoles. À commencer par les volumes de production dans le monde qui, en céréales, s’annoncent prometteurs pour la nouvelle campagne, sachant que l’on n’est jamais à l’abri d’un accident climatique, notamment aux États-Unis. Mais les tensions géopolitiques ou les décisions des États peuvent aussi s’en mêler. Ainsi, Pékin a mis en place des mesures de rétorsion sur les importations australiennes d’orge et de viande, ce qui a profité à d’autres pays exportateurs. De son côté, l’Argentine a suspendu pendant un mois ses exportations de viande bovine pour contenir les prix sur son marché intérieur. Le Royaume-Uni, qui a quitté l’UE, négocie des accords commerciaux avec plusieurs pays. Sans oublier l’embargo russe sur les produits agricoles occidentaux toujours en vigueur. Prévoir l’évolution des marchés agricoles est donc une équation à multiples inconnues, dans laquelle la variable chinoise joue plus que jamais un rôle important.

(1) L’économiste s’exprimait lors des 6es entretiens de l’Observatoire de la formation des prix et des marges.