Les discussions à Bruxelles sur la réforme de la Pac ne sont pas achevées, qu’à Paris, le ministère de l’Agriculture a avancé ses premières hypothèses de travail auprès des professionnels. Des hypothèses qui inquiètent les producteurs comme en témoignent les feux de détresse allumés début mars ou le nombre de manifestants qui ont répondu à l’appel de la FRSEA et de JA Auvergne-Rhône-Alpes pour venir manifester à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et Lyon (Rhône) le 25 mars dernier (lire page 17). Rien n’est encore décidé, les négociations avec l’administration française ne font que commencer, mais face à un calendrier qui s’annonce serré, la pression monte. Chacun est prêt à montrer ses muscles pour peser de tout son poids et défendre son revenu. Car au final, c’est bien le revenu des agricultrices et agriculteurs français, et leur avenir qui sont dans la balance.

Aides couplées, DPB, paiement redistributif…, les sujets d’arbitrage, et donc de tension, ne manquent pas. Pourquoi ? Parce que tout est prévu à budget constant. Ce que Julien Denormandie décidera de donner d’un côté, il le prendra de l’autre, par exemple s’il double l’enveloppe dédiée à la production de protéines végétales, comme ses services le proposent. Le raisonnement est identique si le ministre souhaite augmenter le paiement redistributif, la convergence, sans oublier le pourcentage du premier pilier qui sera affecté à l’écorégime et qui est encore en cours de discussion entre la Commission européenne, le parlement et le conseil.

Difficile dans ces conditions de savoir à quoi ressemblera exactement la prochaine Pac. Ce qui, en revanche, paraît évident, c’est qu’elle sera plus verte. Le gouvernement français devrait tout à fait se satisfaire des ambitions que la Commission européenne nourrit à ce sujet. Depuis le début du quinquennat, il ne cesse de dire que l’agriculture française n’est pas assez sobre en intrants, et en particulier en produits phytosanitaires… même si face à la réalité du terrain, il a dû « reculer » sur le glyphosate ou accorder une dérogation pour les néonicotinoïdes. Et avec la loi climat, ce sont les engrais azotés qui sont de retour sur la sellette.

Bref, Julien Denormandie est face à un dossier compliqué où il ne faut pas perdre l’équilibre. De cette réforme de la Pac, dépend l’avenir des agricultrices et agriculteurs qui nourrissent le pays, font vivre ses campagnes et entretiennent ses paysages. À une époque où la qualité des produits agricoles français et la souveraineté alimentaire sont, paraît-il, une priorité gouvernementale, le ministre a une belle occasion de le montrer !