Rares sont les marchés avec un taux de progression à deux chiffres, comme celui de l’alimentation bio. Avec + 16 % entre 2017 et 2018, il a plus que doublé en cinq ans. Et le bio qui représente près de 5 % de la consommation alimentaire des ménages devrait continuer sur cette lancée. Ce qui attise les convoitises, notamment de la grande distribution qui assure près de la moitié des ventes avec une forte hausse. De quoi inquiéter les magasins spécialisés (un tiers du secteur) qui dénoncent un risque de « dérives » par rapport aux « valeurs de la bio originelle » et se moquent dans une vidéo des grands distributeurs qui, selon eux, viennent sur ce marché « pour faire de l’argent ». Comme s’il y avait les purs et les impurs…

La crainte est que la démocratisation du bio prônée par les distributeurs ne se fasse au détriment du prix au producteur, surtout quand, comme Michel-Édouard Leclerc, on ne juge pas le sujet du prix de vente « tabou ». D’autant que celui-ci est jugé par les Français comme le premier frein à l’achat. Mais pour l’instant, pas d’inquiétude de bulle avec un excès d’offre par rapport à la demande, la problématique étant surtout d’approvisionner le marché, avec des situations différentes selon les filières (voir page 18). Néanmoins qu’en sera-t-il dans quelques années, quand la production française aura continué de progresser ? Le marché ne croîtra pas indéfiniment. Difficile pour autant d’envisager une régulation des conversions comme le prônent certains. De toute façon, les distributeurs ne se gêneront pas pour s’approvisionner à l’étranger, comme c’est déjà le cas. D’où l’importance d’avoir des tableaux de bord sur l’évolution de l’offre et de la demande par production accessibles à tous.

Reste qu’il faut aussi donner plus de transparence sur la construction du prix et des marges. On évoque même une « omerta » dans certains secteurs. Des indicateurs doivent donc être mis en place. Car personne ne veut vivre dans la bio, ce que l’on connaît dans le conventionnel, avec des prix bradés ne rémunérant plus le producteur. L’Agence bio va d’ailleurs créer une commission dans ce sens et proposer un cadre de négociation s’appuyant sur des démarches de contractualisation et des indicateurs. Une autre idée revient souvent : prendre en compte le commerce équitable dans l’agriculture biologique dans une optique de juste rémunération. Mais avec une bio à plusieurs vitesses et la multiplication des signes distinctifs, seuls les consommateurs avertis et les adeptes de la bio s’y retrouveront. Côté distributeurs et magasins spécialisés, une chose est sûre, ils continueront de se battre pour leurs parts de marché… Et gagner de l’argent.