Pour bien comprendre l’aventure du vivant, tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents ou des grands-parents agriculteurs. En effet, quel meilleur support pédagogique qu’une ferme pour suivre au jour le jour la traite des vaches ou les soins aux animaux, et au cours des mois et des saisons, les étapes qui mèneront une graine vers la récolte ou feront d’un jeune animal un adulte ? Au fil des générations, le lien s’est distendu entre l’agriculture et les jeunes, même en milieu rural. Ce qui entraîne parfois une méconnaissance, voire une vision caricaturale de notre secteur. Cette année, Covid oblige, des milliers d’enfants n’ont d’ailleurs pas pu se rendre au Salon de l’agriculture à Paris pour découvrir la grande diversité des races animales, monter sur une moissonneuse-batteuse ou comprendre d’où vient le pain, que des betteraves servent aussi à produire de l’énergie et que le lait n’est pas fabriqué dans une usine. Une bonne part de ces animations, souvent captivantes et ludiques, sont développées à l’initiative des interprofessions.

S’il y a un lieu où transmettre les connaissances sur l’agriculture, c’est bien l’école. D’ailleurs, ces mêmes interprofessions y interviennent… ou plutôt y intervenaient. Car l’association anti-élevage L214, qui faisait le forcing pour réaliser des animations dans le primaire et le secondaire, a été priée en 2019 de rester à la porte des établissements. Et le courage politique aidant, les interprofessions aussi. Comme cela, pas de jaloux et surtout pas de guerre de religion en termes de modèles alimentaires et agricoles ! Une aberration pourtant, notamment pour Interfel, car s’il y a bien des produits mis en avant dans les programmes nutritionnels, ce sont les fruits et légumes. Interfel, Interbev (viandes) et le Cniel (produits laitiers – accusé « d’infiltrer » les écoles par le journaliste militant Hugo Clément) se sont donc adaptées en proposant des supports pédagogiques (lire notre dossier page 44).

En termes de connaissance de l’agriculture, il est également intéressant de se pencher sur le contenu des manuels. Car ils ne sont pas toujours d’une grande neutralité. Comme ce livre destiné aux élèves de CM1-CM2 qui infuse dans les esprits où est le camp du mal (l’agriculture « intensive » qui pollue) et celui du bien (l’agriculture biologique vertueuse illustrée avec une parcelle entretenue avec un cheval et une araire). Même constat pour d’autres manuels ou cahiers d’exercice. L’idée n’est pas de privilégier tel ou tel système, mais de ne pas mettre le curseur dans un sens qui oriente d’emblée la vision des enfants. Reste que la meilleure solution pour permettre à ceux-ci – et aux auteurs des manuels – de comprendre la réalité de l’agriculture est de visiter des fermes. Rien de mieux que de voir du concret. D’autant que les écoles recherchent des exploitations à visiter !

par Yvon Herry
directeur de la rédaction