Rien n’est pire que le silence qui entoure le suicide, affirment tous les spécialistes. Pourtant la question continue à être posée : faut-il parler de ceux qui mettent fin à leurs jours, sous peine de « déprimer », voire de « donner des idées » ? Stop !, ont dit en septembre 2019 Édouard Bergeon avec son film Au nom de la terre et Camille Beaurain avec son livre Tu m’as laissée en vie. Des pères, des époux, des compagnes, des voisines meurent parce que pendant trop longtemps ce sujet dérangeant a été passé sous silence.

La prévention en matière de suicide est l’affaire de tous. De la même manière que des initiations aux premiers secours existent, les signes avant-coureurs d’une crise suicidaire doivent être connus, appréhendés, partagés. Des formations existent, mais le manque de coordination entre les différents acteurs et l’absence de référent en matière de prévention du suicide en agriculture a, depuis longtemps, brouillé le cadre. Qui appeler ? Les disparités sont, par ailleurs, fortes entre les départements.

Face à des dispositifs d’intervention jugés déficients, le pouvoir politique s’est, pour la première fois, emparé du sujet. À travers des auditions parlementaires qui se tiendront au moins jusqu’à l’été, l’objectif est de parvenir, avec des réponses fiables, à endiguer ce fléau multifactoriel qui ne peut admettre de rigidité administrative. Il s’agit aussi de donner des solutions à ceux qui restent, après le décès par suicide d’un proche, ainsi que de pallier le manque de connaissances quantitatives sur le bien-être des agriculteurs. Parce qu’une meilleure maîtrise permet une meilleure prévention et que « s’il est difficile de parler du suicide, il est encore plus douloureux de se taire », rappelle Jean-Claude Delgènes, expert en organisation du travail.

Rosanne Aries et Aurore Cœuru