Au premier abord, « la logique veut qu’on se cale sur le cycle naturel de la pousse de l’herbe pour produire du lait bio à moindre coût », avance Valérie Brocard, de l’Institut de l’élevage. Avec des vaches taries ou en fin de lactation en hiver, « une ration assez simple à base de foin, d’ensilage d’herbe et d’un peu de céréales suffit, par exemple. »

Mais dans les faits, la consommation des produits laitiers bio n’est pas saisonnée. Certaines exploitations optent donc pour deux saisons de vêlages, au printemps et à l’automne, ou étalent les naissances tout au long de l’année.

Produire du lait bio sur la saison hivernale implique de trouver ses sources d’énergie (maïs, céréales, betteraves) et d’azote (herbe précoce, tourteau, luzerne) en quantités suffisantes pour équilibrer au mieux la ration. L’équation n’est pas simple, d’autant que les exigences des laiteries s’ajoutent à celles des vaches laitières et des éleveurs eux-mêmes. « Beaucoup de cahiers des charges demandent que l’alimentation des vaches soit 100 % française, ce qui limite fortement les achats de soja », souligne l’experte.

Finalement, sur le terrain, les rations hivernales bio sont régulièrement déficitaires en protéines et/ou en énergie. « Si on décide de miser sur l’autonomie alimentaire, on peut se satisfaire d’un équilibre qui n’est pas optimal, quitte à perdre un peu de lait, estime la spécialiste. Le 100 % herbe est une option. Il est aussi possible d’acheter une complémentation pour ajuster les valeurs alimentaires et booster la production. Mais le prix du lait bio ne couvrant pas la hausse du prix des intrants actuellement, protéger la marge sur coût alimentaire n’est pas chose aisée. »

La priorité reste de « limiter la perte d’état des vaches pour ne pas pénaliser la production sur le reste de l’année », résume Valérie Brocard. Travailler la qualité des fourrages et l’encombrement de la ration est donc essentiel.

Alexandra Courty