Robes noires, rouges ou têtes blanches, elles trouvent peu à peu leur place dans les exploitations françaises. Elles, ce sont les races britanniques angus et hereford, qui séduisent de plus en plus de producteurs. Mais que recherchent ces éleveurs français qui optent pour la génétique étrangère ? Le développement de ces races n’est-il qu’un simple effet de mode ? Pour Pascal Bastien, président de l’association Hereford France, « la facilité d’élevage des angus et des herefords en fait des candidates parfaites pour les éleveurs cherchant à simplifier leur travail, notamment les jeunes. Dociles, dotées de bonnes qualités maternelles, rustiques et naturellement sans corne pour les angus, elles sont aussi précoces. » Pour parachever le tout, angus et herefords posséderaient une forte capacité au dépôt de gras intramusculaire, le fameux persillé dont de plus en plus de consommateurs semblent friands.

Il reste que la conformation (plutôt moyenne) et l’état d’engraissement (rapidement élevé) de ces animaux surprendront plus d’un professionnel habitué aux carcasses de charolaises ou de blondes d’Aquitaine.

Manque d’information

Reste aussi la quasi-absence de données technico-économiques. La recherche française s’intéresse aux races angus et hereford depuis peu et les performances de ces animaux, conduits sur les terroirs français, ne sont pas encore chiffrées. Il faut se tourner vers d’autres pays, comme la Suisse, où des recommandations sur la conduite des angus ont été développées dans les années 2000.

Enfin, l’engouement pour ces races et la pénurie de reproducteurs qui en découle ouvrent la porte à la vente d’animaux de piètre génétique, parfois même issus de croisements. Une certaine structuration commence à voir le jour : l’association hereford France, agréée organisme de sélection en 2014, tient le herd-book. Le 4 janvier 2018 a vu la naissance de l’association des éleveurs angus.

Production atomisée

À l’aval de la filière, l’angus a la cote. On la retrouve à la carte de nombreux restaurants, sur les étals de certains bouchers et dans la grande distribution. La viande de hereford, plus confidentielle, trouve son marché essentiellement dans le haut de gamme. Toutefois, la majorité de ces viandes est importée, du fait de l’atomisation de l’offre hexagonale. Les éleveurs allaitants français écoulent leur marchandise via des circuits courts, par choix ou par obligation. Dans les exploitations, le troupeau angus ou hereford est souvent réduit et conduit en parallèle d’un troupeau de race française. Les producteurs n’hésitent alors pas à expérimenter le croisement, à l’image de Samuel Fouillard, éleveur d’angus et de salers dans l’Aisne, et de Stéphane Damien, éleveur de herefords dans la Loire. Un marché plus structuré se développe autour de la production de génisses et de bœufs laitiers croisés.

Une vraie menace ?

Le nombre d’élevages déclarant des animaux angus ou herefords se développe mais reste réduit : 183 pour l’angus et 135 pour la hereford, en 2015. Dès lors, ces races représentent-elles une vraie menace pour nos races traditionnelles ? Jean-Marc Alibert (voir l’encadré), vice-président de Races de France, n’est pas inquiet. Selon lui, l’importation de génétique étrangère peut être un aiguillon pour accélérer le développement de certains rameaux plus précoces ou herbagers au sein des races françaises.