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Oser le changement

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© SEBASTIEN CHAMPION

Pas toujours facile d’aller vers un nouveau système de production. Pour franchir le pas, il faut être bien préparé et se faire accompagner. Voilà quelques clés avant de se lancer.

L’année 2017 sera une année de changement. Tous les politiques le disent. Et pourquoi pas aussi dans nos fermes… Mais pourquoi changer ? Pour du mieux, c’est sûr. Et les raisons sont multiples : augmenter sa marge, améliorer la qualité de la production et sa valorisation, accroître la fertilité du sol, avoir de meilleures conditions de travail, utiliser moins de phytos pour des raisons de santé et d’environnement, s’adapter au changement climatique, être plus autonome, alléger sa charge de travail, ses contraintes, créer de la valeur ajoutée, de l’emploi, retrouver une stimulation et une motivation, être en phase avec ses valeurs, etc.

Remise en question

Jérôme Audurier, agriculteur à Saint-Varent, dans les Deux-Sèvres, fait partie des groupes Ecophyto. « Dans les années 2000, quand mes enfants sont nés, nous avons, avec mon épouse, réfléchi à notre façon de nous alimenter, de nous soigner, et moi j’ai remis en cause ma façon de travailler, de produire. Je souhaitais réduire l’utilisation de produits phytos. Grâce au Civam du Haut-Bocage (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), j’ai échangé avec d’autres agriculteurs, participé à des formations sur le désherbage mécanique, les couverts, et à des visites qui ont été un déclencheur pour changer mes pratiques. » L’aboutissement de cette prise de conscience s’est traduit en 2013 par un passage en bio, avec un allongement de la rotation, l’introduction de mélanges céréales/légumineuses, ou encore la mise en place de bandes de couverts pour les auxiliaires (lire un exemple de conversion page 51).

D’autres agriculteurs voient leur système de production arriver en bout de course : problème récurrent de salissement, installation de résistances, dépendance aux phytos, baisse de la matière organique des sols, etc. Après avoir fait le « deuil » de leur ancien système, ils envisagent de passer à autre chose, sans encore franchir le pas. « Il faut être vraiment motivé pour changer, estime Bertrand Omon, de la chambre d’agriculture de l’Eure, et si le deuil de son système n’est pas fait, alors on ne pourra pas avancer vers autre chose. »

Définir les enjeux

Est venu alors le temps de définir avec précision les nouveaux enjeux visés. Savoir exactement ce qu’on veut changer, en faisant un point sur ses pratiques, un autodiagnostic, et savoir ce à quoi on aspire, permettra d’y voir plus clair et d’être dans une démarche positive. Une fois les objectifs définis, il est nécessaire d’engager un gros travail de collecte d’informations sur les solutions possibles. Prendre contact avec les conseillers habituels pour les informer de notre désir d’évolution, être curieux, s’informer, se former, visiter des exploitations…

Pour Sébastien Lemoine (lire page 49), un tour de plaine avec des agriculteurs conventionnels et d’autres bio a été le déclic avant d’oser se lancer à plusieurs. Le départ ou l’arrivée d’un nouvel associé, l’opportunité de vendre ou d’acheter du matériel, etc. peuvent aussi être des déclencheurs.

Envisager des scénarios

Les pistes à étudier avant de se lancer sont nombreuses : aides financières possibles, filières existantes, possibilités de commercialisation, réglementation, démarches administratives dans le cas d’une certification bio par exemple. Une fois toutes les cartes en main, il est temps d’envisager les scénarios possibles de changement : passer au non-labour, allonger la rotation, associer des cultures, se convertir au bio, à l’agriculture de conservation, à l’agroforesterie, etc.

« Pour partager notre expérience, nous avons mis en place les flashs Ecophyto, explique Jérôme Audurier. Quand un agriculteur prévoit d’utiliser une houe rotative ou une herse étrille dans sa parcelle, il envoie un texto pour inviter largement des agriculteurs, bio ou pas, à venir assister à la démonstration. Ensuite, les personnes qui hésitent à se lancer peuvent tester l’outil chez elles, dans leurs conditions. Le but est de montrer que c’est possible. »

Tester soi-même

« L’apprentissage par l’usage » promu par Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l’Inra, permet de créer des références : est-ce que cela peut fonctionner chez moi, dans quelles conditions, avec quels réglages, etc. Faire sa propre expérience permet aussi de mettre un pied dans un nouveau système et ainsi de se rassurer. Les formations sont un bon pourvoyeur d’infos et de contacts. « Les personnes qui ont suivi la même formation se font confiance et servent ensuite d’appui entre elles », précise Christian Huyghe.

Le travail en groupe a aussi cet avantage d’être rassurant tout en créant des références techniques : groupe Ecophyto, Ceta, GIEE, GDA, groupe Base… Ils sont nombreux et chacun peut trouver chaussure à son pied. A plusieurs, on va plus vite. C’est ce que pratique Daniel Brémond (lire page 51), exploitant dans les Alpes-de-Haute-Provence et fournisseur de données sur le semis direct sous couvert avec une dizaine d’agriculteurs en France, en collaboration avec Arvalis.

C’est aussi ce que vivent les agriculteurs du réseau Berry, créé en 2005 pour répondre aux problèmes de rendement et de régularité du colza.

Diffuser les données

« Outre certaines impasses ou erreurs techniques bien identifiées, rapidement, le problème d’un système colza-blé-orge, qui a ses limites, a fait surface, précise Gilles Sauzet, de Terres Inovia, qui accompagne ce groupe. Nous avons remis en cause ce système, qui était viable mais pas durable, même si nous avions peu de marge de manœuvre pour allonger cette rotation vis-à-vis des filières existantes et du contexte pédoclimatique. Du coup, on a tout repris depuis le début : nous avons amélioré la fertilité du sol et soigné l’implantation. »

Des innovations telles que l’association au colza de légumineuses gélives ont amélioré la fertilité du sol et ralenti la pression des bioagresseurs. « Avec ce groupe, nous nous réunissons quatre fois par an, dont deux fois sur le terrain. Nous mettons en place des méthodes d’observation des ravageurs, enregistrons des références pour ensuite diffuser et généraliser ces données au plus grand nombre. » L’accompagnement sur le long terme des agriculteurs par Terres Inovia les a sécurisés et a facilité l’acceptation du changement de pratique.

L’agriculteur au centre du conseil

« Accompagner les agriculteurs », voilà le credo du projet Syppre soutenu par Arvalis, Terres Inovia et l’Institut technique de la betterave, dont fait partie le réseau Berry. « Avant, le conseil était descendant, analyse Stéphane Cadoux, de Terres Inovia. Les instituts réalisent des expérimentations, font des synthèses qu’ils diffusent aux techniciens lors de réunions, qui eux-mêmes les transmettent aux agriculteurs. Aujourd’hui, on aspire à un fonctionnement plus participatif et collaboratif pour aider les agriculteurs à concevoir un système adapté à leur contexte et qui répond à leurs enjeux. »

Le but : maintenir les marges, augmenter la productivité par hectare de 10 %, réduire les intrants de 10 à 40 %, les émissions de gaz à effet de serre de 10 à 30 % et augmenter le stockage du carbone dans le sol. Les moyens : cinq plates-formes expérimentales pour tester des systèmes de culture, un observatoire de 1 000 exploitations et, pour l’instant, trois réseaux d’agriculteurs, dont celui du Berry.

L’effet « boule de neige »

« On accompagne en continu ces agriculteurs en développant des méthodes d’observation, en mettant à disposition des outils et en produisant des connaissances, précise Stéphane Cadoux. Pour sensibiliser davantage d’agriculteurs au changement de système, on les invite, ainsi que leurs conseillers de coops, négoces et chambres, aux visites de parcelles, aux restitutions de résultats… Quand les références proviennent de parcelles d’agriculteurs, c’est plus convaincant ! On cherche à produire un effet « boule de neige » entre agriculteurs. »

C’est souvent ce qui se passe localement. Quand un agriculteur a envie d’aller vers une nouvelle technique, d’autres se mettent également en mouvement. Voir quelqu’un oser peut être un déclic pour d’autres. Christian Huyghe explique : « Tout le monde n’a pas la même aversion au risque. Ceux qui sont un peu plus frileux peuvent s’appuyer sur ceux qui ont une plus forte capacité d’adoption des nouveautés. »

Prendre le temps

Parfois, le risque de se lancer peut paraître trop important par rapport aux bénéfices convoités. Quand une situation financière est délicate par exemple, c’est forcément plus dur de changer de système et de prendre des risques. D’autant que rester dans ce qu’on connaît est rassurant et confortable. Peur de la nouveauté, crainte de s’isoler par rapport à notre entourage habituel, peur du risque financier… Autant de raisons pour laisser mûrir la réflexion. Ce temps sera mis à profit pour engranger des références, des contacts, réaliser des essais, etc. Un changement de système nécessite du temps et ce n’est pas tout blanc ou tout noir, comme l’explique Michel Perrin, qui alterne non-labour et labour selon le salissement.

Pour les conseillers, cet accompagnement vers d’autres systèmes est un nouveau métier à inventer. « Pour réussir le changement, selon Bertrand Omon, l’agriculteur doit être au centre des décisions afin qu’il s’approprie les techniques, le marché, les nouveaux codes, etc. Le conseiller s’adapte en ne proposant plus de solutions toutes faites mais en construisant ensemble la nouvelle façon de produire. »

Acteur du mouvement

Le conseil se crée donc autour des enjeux définis par l’agriculteur, dans une démarche collective. « Le diagnostic et l’expertise sont partagés entre le conseiller et d’autres agriculteurs pour rester dans le concret », estime Bertrans Omon. Les agriculteurs doivent être acteurs de leur changement, être impliqués. Quant aux conseillers, « ils assurent un suivi sur le long terme en rappelant régulièrement les enjeux. »

Réfléchir à l’échelle d’un système reste complexe et on a besoin d’innovation. Justement, d’où viendront les prochaines innovations en matière d’agronomie ? Pour 28 % des exploitants, elles viendront avant tout des agriculteurs, selon un sondage de l’Institut ADquation réalisé pour le magazine Agrodistribution de février 2017. Dans la zone Centre, cette proportion s’élève à 40 %. Comme pourvoyeurs d’innovations en matière de techniques agronomiques, viennent ensuite les coops et négoces (15 %), les chambres d’agriculture (15 %) et la recherche publique (14 %).

Agriculteurs innovants

Autre source d’innovation et non des moindres, la réglementation. « Elle oblige à bouger les lignes et à s’adapter, rappelle Christian Huyghe, donc finalement, la réglementation est bien un facteur d’innovation ! » L’interdiction de certains produits phytos ou la création des GIEE, par exemple, entraînent forcément l’émergence de solutions alternatives, d’une part, et de l’émulation, d’autre part. Plutôt que de subir les nouvelles lois, il peut être opportun de les anticiper. Décider soi-même de changer de système sera toujours plus constructif.

Les clés pour débuter

Définir ses objectifs, pourquoi changer, faire un point sur ses pratiques et ce à quoi on aspire.

S’informer par des formations, des visites d’exploitations, auprès de conseillers, par des échanges « en bout de champ », des démonstrations de matériels ou de couverts en conditions réelles…

Se renseigner sur les aides financières possibles (PVE, aides à la conversion…), l’évolution de la réglementation (interdiction de certains phytos…), les filières existantes, le marché…

Identifier les scénarios possibles de changement (le non-labour, le bio, etc.).

Intégrer un groupe : à plusieurs, on se rassure et on va plus vite, tisser un nouveau réseau.

Trouver des personnes-ressources pour se faire accompagner et encourager (conseillers, agriculteurs, coach, famille, amis…).

Tester soi-même le matériel ou les techniques agronomiques en conditions réelles.

Se faire confiance, s’autoriser à commettre des erreurs.

Prendre le temps d’accepter le changement et se sentir prêt.

Témoin
« Se lancer en bio à plusieurs » Sébastien Lemoine, agriculteur à Gouzeaucourt (Nord)

En 1996, Sébastien Lemoine a repris l’exploitation familiale de 76 ha de céréales, betteraves sucrières et lin fibre conduits en conventionnel. « En 2000, je suis passé en non-labour mais, rapidement, la pression était telle que j’ai dû utiliser de l’antilimace, qui lui-même tue les carabes, prédateurs naturels du gastéropode. Ce n’était pas logique. »

D’autres points vont rapidement poser problème. « J’avais conscience de la toxicité des phytos pour moi et pour l’environnement et les utiliser me pesait. Le manque de valorisation de la qualité de mes céréales me dérangeait également. » Bref, Sébastien en avait assez de son système conventionnel, il « ne s’éclatait plus ». Au point de vouloir tout laisser tomber et, pourquoi pas, d’aller « reprendre un camping en Ardèche ».

Finalement, le camping attendra. « Lors d’un tour de plaine, j’ai discuté avec des agriculteurs en bio qui étaient satisfaits de leur système. Le bio, j’y pensais, sans jamais oser franchir le pas. » Cette rencontre a été l’élément déclencheur.

En 2010, Sébastien Lemoine a suivi une formation « se convertir au bio » à l’institut agricole de Genech, au sud de Lille, avec quelques collègues. Puis ils ont enchaîné en visitant plusieurs exploitations bio. « Finalement, avec trois autres agriculteurs, nous nous sommes lancés en 2011. Tout seul, je ne l’aurais pas fait, j’avais notamment trop peur de me faire envahir par les adventices. » La première année, chacun n’a converti que 6 ha afin de se rassurer. La même année, ils ont investi, via une Cuma et grâce à des aides financières (PVE), dans une herse étrille, une houe et une bineuse qu’ils avaient déjà testées pour se faire la main. « Investir à plusieurs et avec un soutien financier limite le risque », ajoute-t-il.

En 2012, pour se faire accompagner dans ce gros changement, les agriculteurs ont fait appel à un « coach » qui les aide à mieux organiser le travail en commun. Les quatre entretiens annuels sont l’occasion de redéfinir les objectifs, de se répartir les tâches et d’apprendre à communiquer davantage. Bref, il les aide à avancer dans leurs projets. « Et des projets à plusieurs, on n’en manque pas ! »

L’autre avantage de passer en bio petit à petit, outre le fait de prendre le temps de se faire la main, a été de conserver les betteraves sucrières en conventionnel et de garantir un certain revenu. Cette filière n’étant pas encore possible en bio, l’agriculteur a dû trouver d’autres cultures à haute valeur ajoutée. En 2013, 4 ha de carottes ont été implantés en plein champ. « En 2015, j’ai arrêté la betterave sucrière et développé les légumes bio : betterave rouge, oignon, pomme de terre… et, pour les valoriser, nous les lavons, conditionnons et vendons en direct ou au marché de gros. Aller jusqu’au bout de la chaîne est valorisant ! »

Mais en bio, rapidement, un autre problème est à gérer : la main-d’œuvre. En 2014, les agriculteurs créent un groupement d’employeurs. « Cela devenait nécessaire car, en 2016, nous avons embauché près de 90 personnes, l’équivalent de 20 000 heures de désherbage manuel. » Pour Sébastien, c’est aussi gratifiant de créer de l’emploi local.

Finalement, en convertissant chaque année un peu plus de surface, les 76 ha de Sébastien Lemoine seront en bio en 2017. Son exploitation fait d’ailleurs partie d’une société en participation avec trois autres agriculteurs, pour atteindre 200 ha en bio avec près de 25 productions : blé, triticale, luzerne, orge de printemps, lin, chanvre, carotte, betterave rouge, oignon, haricot vert, panais, choux, courge, courgette… Cette diversité permet de lisser le revenu d’une année sur l’autre. « Sur mon exploitation, l’EBE est passé de 800 €/ha en conventionnel à 2 000 €/ha en 2016. »

Cette expérience du collectif, qui permet de se rassurer et de limiter les risques, Sébastien Lemoine et ses collègues la communiquent en organisant des « portes ouvertes » à la ferme. Les agriculteurs peuvent venir échanger sur les investissements, parler des chiffres de l’exploitation… En quelques années, cette dernière a beaucoup évolué et n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1996.

Les freins au changement

Peur de la nouveauté, de l’inconnu et de perdre son « confort » rassurant de la situation existante.

Surestimation du risque encouru.

Crainte de l’échec, de la perte de la maîtrise technique.

Peur de l’isolement professionnel et humain, sentiment de culpabilité, voire de trahison par rapport au système laissé en héritage.

Dépendance à l’amont et à l’aval du système actuel et difficulté d’en sortir.

Son propre regard et celui des pairs : accepter qu’une parcelle ne soit pas exempte d’adventices tout en étant une situation maîtrisée, ou accepter que son système soit en bout de course.

Le regard de la société sur les agriculteurs peut les enfermer dans des étiquettes « d’assistés, de pollueurs ou conservateurs » et inhiber les velléités de changement, au lieu de les considérer comme des acteurs privilégiés, moteur de développement social, humain et écologique.

Adventices. Il faut accepter de changer de regard sur ses parcelles. © Christian Watier
Témoin
« Se faire accompagner pour passer en non-labour » Michel Perrin, agriculteur à Lescheroux (Ain)

Michel Perrin élève des poulets de Bresse et des vaches allaitantes, et cultive 35 ha de prairies et 60 ha de maïs, blé, soja et méteil. Son initiation au non-labour a été chaotique et il regrette un manque d’accompagnement.

« Je souhaitais réduire le coût de mon chantier de semis, explique-t-il. J’ai donc suivi une formation pendant l’hiver 2008 sur le non-labour, les techniques culturales simplifiées et le semis direct avec la chambre d’agriculture de l’Ain. » La transition s’est faite sur trois ans : en 2009, 8 ha sont convertis en non-labour, puis 30 en 2010 et les 60 en 2011. « J’ai acheté un décompacteur pour certaines terres. »

Tout allait bien jusqu’aux années très humides de 2012 et 2013, lorsque Michel a connu un salissement important et des chutes de rendements. « Les conseils n’étaient pas à la hauteur, on ne m’avait pas alerté sur ces problèmes. Il fallait agir vite et j’ai dû trouver seul la solution. » L’agriculteur, qui ne voulait pas utiliser plus de phytos, finit par réaliser un désherbage en postsemis des céréales, suivi par un rattrapage. « Cela ne me convenait pas, je suis donc passé en 2013 à un seul désherbage en postlevée à dose réduite, puis à un binage en céréales et maïs. » Il a aussi introduit des couverts en interculture pour améliorer la structure du sol et gérer les adventices. « Là encore, j’ai tâtonné avant de trouver le bon couvert : trèfle incarnat + ray-grass anglais. »

En 2016, rebelote, l’année très humide a favorisé les adventices au point de devoir revenir au labour sur les terres argileuses très lourdes. La solution de facilité aurait été de faire comme beaucoup en non-labour, utiliser du glyphosate l’hiver puis avant le semis. « Mais je visais moins de phytos, je me suis mis une contrainte supplémentaire et j’ai manqué d’accompagnement technique. On m’a donné une recette qui ne fonctionne pas partout. J’ai suivi la formation deux ans, mais mon problème de désherbage n’intéressait personne. A aucun moment, la perte de rendement et les risques économiques qui en découlent n’ont été évoqués. Je regrette aussi le manque de suivi après la formation pour voir si on s’en sortait. »

Plus tard, Michel a suivi une formation sur l’agroécologie avec l’Afog (Association de formation comptabilité et gestion). « Les stagiaires bio et conventionnels comme moi étaient mélangés et c’est là que j’ai le plus appris et que je me suis approprié des techniques de désherbage mécanique. »

Finalement, les soucis de trésorerie l’ont poussé à trouver une solution. Les céréales semées plus tard permettent d’éviter parfois le désherbage chimique tout en s’appuyant sur un binage. En outre, l’agriculteur ne s’interdit pas de labourer certaines parcelles selon le climat, afin de prévenir un salissement trop important.

Témoin
« Produire des références avec Arvalis en semis sous couvert » Daniel Brémond, agriculteur à Oraison (Alpes-de-Haute-Provence)

En semis direct depuis 2010 sous couvert mort ou vivant permanent (SCV), Daniel Brémond travaille avec Arvalis pour produire des références et les transmettre aux agriculteurs qui souhaitent se lancer dans ce nouveau système de production. Depuis 2012, avec une dizaine d’agriculteurs du sud, du centre-ouest et de l’est de la France, des plates-formes d’essais sont installées afin de tester la nutrition azotée, les variétés, différents couverts vivants, etc. et produire davantage avec moins d’intrants.

« J’ai essuyé pas mal de plâtres quand j’ai changé de système de production, se souvient Daniel, car je ne savais pas où j’allais. Aujourd’hui, j’alimente, avec les autres collègues du réseau SCV, une banque de données techniques conséquente qui sert aux agriculteurs qui veulent changer de système. Ils prendront ainsi moins de risques ! »

En 1995, quand ses rendements ont commencé à diminuer, Daniel décide de diminuer ses coûts de production et d’améliorer la fertilité de ses sols, ainsi que sa productivité. Le non-labour puis les TCS n’ont fonctionné qu’un certain temps, avant que les parcelles ne se salissent, notamment avec du ray-grass résistant, et que les rendements ne diminuent à nouveau. « C’est en introduisant des couverts que, petit à petit, je me suis engagé dans un autre système, le SCV. » Il veut éviter ces années de tâtonnements aux agriculteurs en phase de transition.

Outre la production de références, Daniel et les autres agriculteurs du réseau prévoient de coanimer, avec un ingénieur Arvalis, des formations auprès des agriculteurs et techniciens dès ce printemps. « Il y aura un volet théorique et technique sur les principes du SCV notamment, mais aussi un volet terrain grâce à notre expérience. À l’aide de photos, nous parlerons très concrètement des problèmes rencontrés et des solutions à envisager, des couverts ou encore des types de rotation à privilégier. Le changement de système demande une grosse remise en cause des pratiques, du matériel, de l’accompagnement technique… pour finalement créer son propre système qui répond à ses objectifs, selon ses conditions pédoclimatiques. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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