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Dossier Ces cultures qui remontent au nord

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Autrefois cantonnées aux régions à températures douces, ces plantes s’adaptent maintenant à d’autres terroirs et offres climatiques,grâce notamment à la sélection variétale.

Au vu des changements climatiques, des opportunités de nouvelles cultures s’offrent aux agriculteurs. C’est le cas notamment avec le soja, le tournesol et le sorgho grain, aujourd’hui essentiellement cultivés au sud de la France, mais qui gagnent du terrain dans la moitié nord. Il y a de la demande. Pour sécuriser leur revenu, bon nombre de producteurs diversifient leur assolement et sont à la recherche de nouvelles têtes de rotation. Dans un contexte de réduction des intrants, il font face aux impasses techniques dans les rotations courtes (résistances aux insectes dans les colzas, aux graminées dans les céréales à paille…).

Certes, ces cultures sont encore au stade de la découverte dans les exploitations et des références doivent être accumulées pour ajuster les itinéraires techniques, mais des initiatives fleurissent çà et là dans les chambres d’agriculture et les organismes stockeurs. Des débouchés existent, ce qui n’est pas toujours le cas pour d’autres espèces, comme le sarrasin, la lentille ou le pois chiche. Ces derniers sont plus compliqués à cultiver dans la zone nord et parfois sensibles à des bioagresseurs sans moyens de lutte suffisants.

Ainsi, le soja se développe dans les Pays de la Loire, en île-de-France (voir p. 57), dans le Grand-Est et en Picardie. « Cette légumineuse est simple à cultiver, affirme Bruno Schmitt, de la chambre d’agriculture de l’Oise. La marge brute peut être du même niveau que la féverole, le pois ou le maïs grain. » Et d’ajouter : « Il est toutefois conseillé de semer tous les rangs dans la moitié nord car le soja ne ramifie pas à la différence du sud de la France. » « C’est un bon précédent à céréale à paille de printemps ou d’hiver, considère de son côté la chambre d’agriculture de Lorraine. Il laisse un sol enrichi en azote, avec toutefois des reliquats inférieurs à un pois ou à une féverole. »

Le soja poussépar la filière

La sélection de sojas très précoces « 000 » a permis cette remontée vers le nord. « Nous travaillons encore à la précocification des variétés », confirme Patrice Jeanson, sélectionneur chez Euralis semences. Il voudrait que soit créé au niveau des instances officielles un groupe « 0000 » hyper précoce pour répondre à cette nouvelle demande. Des variétés de ce type existent déjà mais elles restent, pour l’instant, classées dans le groupe « 000 ». D’autres sont déposables en février 2020. « Attention toutefois à la perte de rendement des “0000”, alerte Xavier Pinochet, responsable du département Méthodes et technologies innovantes chez Terres Inovia. La filière pousse au développement du soja. Elle a des objectifs de 250 000 à 300 000 hectares, en l’implantant dans toutes les régions. » Selon le spécialiste, « la plante suppose une bonne alimentation hydrique pour que la fixation biologique de l’azote fonctionne. Elle se cultive donc plutôt en sol profond, dans des régions régulièrement arrosées. Dans ce cadre-là, il est très complémentaire du tournesol qui, lui, ne se cultive pas dans le même type de milieux ».

La plante à capitule se développe aussi au-delà de sa zone habituelle de culture. « Largement produite dans les années 1980-1990, même dans l’est, elle s’est ensuite recroquevillée dans le Poitou-Charentes et le Sud-Ouest pour descendre à moins de 400 000 ha, contre plus d’1,2 Mha en 1987 », détaille Xavier Pinochet. En dehors de ces deux régions, il a quasiment disparu au profit du colza, culture poussée par les politiques publiques. Mais assez récemment, il regagne les régions où il était présent historiquement (Centre­, Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est, Hauts de France), pour des raisons économiques et techniques (difficultés d’implantation du colza…). Désormais cultivé sur 600 000 ha, il pourrait grimper à 800 000 ha d’ici à 2025-2030, selon Terres­ Inovia.

Le tournesol adapté au sec

« Il est logique de penser au tournesol pour diversifier les rotations car il est plus résistant aux conditions sèches, estime Xavier Pinochet. La plante valorise des apports d’eau modérés (de 30 à 100 mm). Elle permet « des rotations plus équilibrées entre culture d’hiver et d’été, ce qui contribue à maintenir la marge sur le moyen et le long terme grâce notamment à une gestion plus facile des adventices (lire p. 58). Preuve de cette évolution, Terres Inovia a promu la culture de cet oléagineux dans les zones nord et a accompagné les agriculteurs. « C’est une plante d’avenir aux débouchés assurés », soutient l’institut technique. « Pour atteindre une marge brute de 400  €/ha (1), la récolte doit être de 20-23 q/ha en tournesol, 23 q/ha en soja et 60 q/ha en maïs, chiffre Vincent Lecomte, chargé d’études technico-économiques chez Terres Inovia. Pour 700 €/ha, il faut monter à 28-32 q/ha pour le tournesol, 33 q/ha pour le soja et 80 q/ha pour le maïs. Le tournesol est donc une tête d’assolement qui a sa place dans les zones intermédiaires et superficielles. »

Autre intérêt : la forte demande en huile oléique en France et à l’international, avec une prime de 70 €/t actuellement contre 45 €/t ces cinq dernières années (lire l’infographie ci-dessous). Les tourteaux de tournesol Hi-Pro (teneur en protéines de 35 %) sont aussi très demandés par l’alimentation animale française, les besoins étant, selon la filière, largement supérieurs à la production­ actuelle (900 000 t, en majorité de type Hi-Pro, importées de mer Noire annuellement).

Les sélectionneurs ont anticipé la demande et des variétés oléiques de plus en plus précoces sont dans les cartons. « Celles-ci ont fortement progressé en termes de rendement et de stabilité », évalue Xavier Pinochet. Ce type de tournesol était jusqu’alors plus facile à produire dans le sud car « la désaturase (2) fonctionne quand les températures sont élevées ».

Thierry André, responsable de la recherche en tournesol chez Soltis (3) précise : « La série A des variétés très précoces a été rouverte il y a six-sept ans. Il y avait surtout des tournesols linoléiques­ au début, mais les inscriptions en oléique arrivent. » Les recherches des semenciers pour les marchés en Europe de l’Est, Russie, Ukraine… profitent aux régions françaises du nord-est, avec des critères communs : précocité, vigueur au départ (pour échapper aux dégâts d’oiseaux et aux pathogènes), résistance au froid et aux maladies de fin de cycle. Il faut également des plantes trapues qui supportent une plus grande densité de semis pour un dessèchement plus rapide.

Isabelle Escoffier

(1) Étude réalisée entre 2015 et 2019 par Terres Inovia pour des cultures en sec.

(2) Qui permet d’obtenir l’acide oléique.

(3) Société de recherche spécialisée dans le tournesol, avec comme actionnaire Limagrain et Euralis.

Le sorgho revient en Centre-Val de Loire et en Bourgogne

Diversifier les rotations avec le sorgho grain est une autre alternative. La gamme de variétés très précoces, plus tolérantes au froid et à cycle court s’enrichit. Cette évolution a permis de faire bouger les lignes et la plante se cultive davantage en Bourgogne, par exemple (voir p. 59), ou dans le Centre-Val de Loire, dans des sols superficiels non irrigués. « De plus en plus de semences sont commercialisées dans cette région, confirme Joël Alcouffe, sélectionneur sorgho chez RAGT. L’enjeu est d’obtenir des variétés avec une épiaison de trois à cinq jours plus précoce sans décrocher en rendement. » « Le sorgho passe dans ces situations, avec une marge brute de 550 à 600 €/ha (chiffre 2018, hors prime Pac), affirme de son côté Charles-Antoine Courtois, de Sorghum ID (1). « Cette plante a une bonne capacité d’extraction de l’eau du sol, supérieure au maïs », développe aussi Patrice Jeanson, d’Eurosorgho (2). Mais il a besoin d’eau et nécessite d’être cultivé en sol profond. Et il faut faire attention aux écarts de température lors du semis, pour une bonne initiation de la germination. La densité doit être adaptée avec des écartements pas trop grands. « Le problème avec le sorgho, c’est qu’on ne cherche jamais à maximiser le rendement, déplore Patrice Jeanson. Or avec un investissement raisonnable, on peut en tirer beaucoup. »

(1) Association chargée de fédérer les acteurs européens du sorgho.

(2) Joint-venture entre Euralis et Semences de Provence.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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