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De fortes impasses à combler

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© INRA, IGEPP, Bernard Chaubet

Avec environ 3 600 usages concernés, le retrait de cette famille insecticide devrait bousculer les habitudes. La profession agricole se prépare à demander des dérogations pour les deux années à venir, comme le stipule la loi sur la biodiversité. Toutefois, il n’est pas certain que ce laps de temps soit suffisant pour trouver de nouvelles solutions, notamment pour les grandes cultures.

Imidaclopride, thiaméthoxame, thiaclopride, acétamipride, clothianidine… Les néonicotinoïdes sont bien connues ! Et pour cause, cette famille d’insecticides fait régulièrement la une de l’actualité. Leurs premières commercialisations ont démarré au début des années quatre-vingt-dix. Aujourd’hui, ce sont les insecticides les plus utilisés dans le monde. Ce qui peut se comprendre, car ils sont efficients à faibles doses, systémiques et très persistants.

Revers de la médaille : si ces caractéristiques font d’eux des molécules très efficaces, elles impactent aussi la biodiversité. On ne compte plus les études qui ont jeté le discrédit sur cette famille et mis en évidence les effets toxiques, voire de surmortalité, et les impacts sur le comportement des abeilles, bourdons et autres insectes pollinisateurs. Les néonicotinoïdes auraient aussi un effet sur la santé humaine et sur celle d’autres vertébrés tels que poissons, reptiles ou encore rongeurs. Dernièrement, dans le cadre du suivi des effets non intentionnels des produits phytosanitaires, des intoxications à l’imidaclopride d’oiseaux granivores (perdrix grise, pigeon biset et ramier essentiellement) ont été révélés.

Retraits en cascade

Dès 1998, l’utilisation de Gaucho, traitement de semences à base d’imidaclopride utilisé sur tournesol et maïs, a été interdite dans trois départements tests (Deux-Sèvres, Indre et Vendée), afin de mener des études en plein champ. À l’époque, les apiculteurs soupçonnaient déjà cette substance d’avoir un effet sur les populations d’abeilles. Cela a abouti à son retrait sur tournesol en 1999, puis sur maïs en 2004. En juin 2012, le ministre de l’Agriculture a retiré l’autorisation de mise sur le marché de Cruiser OSR (thiaméthoxame) sur colza. Parallèlement, le thiaméthoxame (Cruiser, puis Cruiser 350) a obtenu, plusieurs années de suite, des dérogations sur maïs, puis une autorisation assortie de restrictions d’usages. Finalement, Cruiser 350 n’était plus disponible pour les semis de maïs de 2014, au même titre que Cheyenne (clothianidine), commercialisé depuis 2011.

Rapports en février 2018

Au 1er décembre 2013, la Commission européenne décidait de suspendre l’utilisation de l’imidaclopride, du thiaméthoxame et de la clothianidine pour certains usages. Toutes les cultures attirant les abeilles et autres pollinisateurs étaient concernées. Les traitements de semences sur les céréales d’hiver, ainsi que les traitements sur betteraves, pommes de terre et espèces cultivées sous serre n’ont pas été impactés par ce moratoire.

Si ce dernier devait durer deux ans dans l’attente de données supplémentaires, il n’a toujours pas été levé, car l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) n’a pas rendu son rapport. Pourtant, en mars 2017, la Commission a émis la possibilité de restreindre ces trois matières actives aux seuls usages sous serre, idée restée en suspens, en attendant la publication de l’avis scientifique de l’Efsa.

Mais c’était sans compter avec les parlementaires français. Le 22 juin 2016, les députés ont finalement coupé l’herbe sous le pied de la Commission européenne, en votant l’interdiction de tous les insecticides de la famille des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018. « Juridiquement, la décision française est contestable », considère Philippe Michel, de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes). Et d’insister : « Un pays peut prendre des décisions sur des AMM (autorisations de mise sur le marché), pas sur des substances actives, et il faut pour cela des éléments scientifiques et justifiés. »

L’amendement, adopté en troisième lecture du projet de loi sur la biodiversité, prévoit « que des dérogations à cette interdiction pourront être prises par un arrêté conjoint des ministres chargés de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Santé. Elles pourront être accordées jusqu’au 1er juillet 2020. » Les ministres chargés de définir ces dérogations s’appuieront ensuite sur le travail de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui doit établir « un bilan comparant les bénéfices et les risques » des néonicotinoïdes et des produits ou méthodes de substitution disponibles.

Pour cela, l’Anses a mené un travail de fourmi, puisqu’en France, ce sont près de 3 600 usages qui sont concernés par le retrait de ces molécules. Ses deux rapports sur les traitements de semences et autres usages sont attendus prochainement.

Des viroses difficiles à contrôler

Si certains agriculteurs n’attendent pas l’interdiction de ces molécules pour prendre les devants et obtiennent des résultats intéressants (lire les témoignages pp. 51 et 53), la profession s’inquiète, car de nombreuses impasses sont identifiées.

Ainsi, une fois le traitement de semences Sonido, à base de thiaclopride, retiré sur maïs (lire La France agricole 3725, p. 48), il n’existera plus de solutions pour venir à bout des géomyzes. Et aucune alternative ne semble se présenter. « Évidemment, nous sommes dans l’attente du rapport de l’Anses, mais nous devrions demander une dérogation pour cet usage, peut-être seulement pour le front ouest du territoire, plus souvent atteint par cette mouche », informait Alix d’Armaillé, de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs).

Certes, les néonicotinoïdes ont un champ d’action sur plusieurs types d’insectes : ravageurs du sol (taupins, blaniules…) ou aériens (Diabrotica, cicadelles, mouches…). Mais ces insecticides restent essentiellement synonymes de lutte contre les pucerons. Ces microscopiques insectes transmettent des viroses souvent très impactantes. Sont concernés le colza, les céréales à paille, les betteraves, les arbres fruitiers…

Sur colza, les pucerons posent problème à l’automne. En effet, Myzus persicae, capable de transmettre trois virus (TuYV, CaMV et TuMV), manifeste des résistances aux pyréthrinoïdes et au pyrimicarbe. De fait, les néonicotinoïdes (Horême V200, Protéus) restent la seule famille efficace contre ces insectes à cette période.

Heureusement, quelques variétés résistantes à la jaunisse du navet (TuYV), plus souvent observée que les deux mosaïques, ont vu le jour. Terres Inovia met cependant tout en œuvre pour que de nouvelles solutions soient rapidement disponibles. Mais le contexte inciterait la profession à demander, là encore, une dérogation.

L’AGPB (Association des producteurs de blé et autres céréales) insiste, de son côté, sur la nécessité de garder l’imidaclopride (gamme Gaucho) sur céréales à paille, afin de les protéger contre les pucerons notamment. Il est, en effet, possible d’avoir des pertes importantes, comme ce fut le cas en 2016 avec le virus de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO), transmis par ces insectes.

Un vrai casse-tête

Quand on se penche sur le puceron, on comprend vite que la lutte est un vrai casse-tête. En outre, aucun modèle prédictif n’existe (lire l’encadré p. 52). Plusieurs espèces sont en cause : Rhopalosiphum padi, Rhopalosiphum maïdis, Sitobion avenae, Metopolophium dirhodum ou Schizaphis graminum. Les vols des formes ailées peuvent se prolonger si les conditions météorologiques leur sont favorables. Leurs plantes hôtes sont des poacées présentes un peu partout. Par ailleurs, il peut y avoir beaucoup d’ailés avec aucun virus ou, au contraire, peu d’insectes avec un virus très agressif et, entre les deux, tous les cas de figure sont possibles.

L’imidaclopride, de par sa systémie, est un traitement préventif : les premiers insectes arrivés, en s’alimentant, meurent sans transmettre la JNO ou la maladie des pieds chétifs (cicadelles). Leur multiplication dans les parcelles est également stoppée.

Peu de substances disponibles

En l’absence de néonicotinoïdes, Arvalis estime qu’il n’y a pas de solution équivalente. Évidemment, les pyréthrinoïdes, seule famille qui restera disponible, ont une efficacité satisfaisante. Encore faut-il surveiller attentivement les pucerons et intervenir au bon moment (seuil : 10 % de plantes habitées, ou présence pendant 10 jours). D’ailleurs, si la résistance aux pyréthrinoïdes n’a pas encore été détectée en France sur Rhopalosiphum padi et Sitobion avenae, dans les pays voisins, ce n’est pas le cas. De quoi s’alarmer !

En termes d’IFT (indice de fréquence de traitement), si les vols se prolongent, plusieurs traitements en végétation contre les pucerons seront nécessaires. Et rappelons que le traitement de semences protège aussi les céréales contre le zabre et le taupin, qui nécessiteraient des interventions spécifiques le cas échéant. Ainsi, en passant d’un traitement de semences à plusieurs applications en végétation, la loi adoptée en 2016 risque de bousculer la biodiversité qu’elle souhaitait tant préserver ! C’est ce que pensent bon nombre de professionnels…

Arvalis insiste toutefois : « Les semis précoces étant plus impactés, il faudra mettre tout en œuvre pour implanter les céréales à des dates normales. » Sur orge, il existe par ailleurs quelques variétés tolérantes (qui s’appuient toutes sur le même gène). On comprend mieux pourquoi nombre d’agriculteurs optent pour ce traitement de semences.

Selon les dernières données disponibles (2009 à 2014), sur orge, environ 60 % des semences sont traitées avec de l’imidaclopride. En blé, c’est plutôt 30 % des surfaces. Si l’AGPB attend elle aussi l’étude de l’Anses, elle restera « particulièrement vigilante quant à la faisabilité économique des alternatives proposées et sur les impacts potentiels pour les céréaliers ».

Sur betteraves, le retrait des néonicotinoïdes aura plus d’impact, puisque près de 99 % des semences utilisées sont traitées avec des néonicotinoïdes (Imprimo ou Cruiser). Ces molécules s’adressent à différents bioagresseurs, mais la cible principale reste là encore le puceron (Myzus persicae), vecteur de la jaunisse virale. Avant 1992, des traitements en végétation étaient appliqués, mais les pertes de rendement étaient conséquentes. Si, avec les enrobages de semences, la jaunisse semblait avoir disparu, des parcelles suivies en 2017 ont démontré que la souche virale était toujours présente. « Quelques agriculteurs, seuls ou en groupe, essaient très ponctuellement de se passer des néonicotinoïdes en traitement de semences, informe l’ITB de l’Oise. Toutefois, leur expérience est difficile à exploiter, car ils bénéficient de la protection des parcelles environnantes. »

Essais au champ

Stéphanie Vanderhaeghe, agricultrice à Leffrinckoucke, dans le Nord, et animatrice du réseau des fermes Déphy Négoce Nord-Est, aimerait trouver une solution pour semer des betteraves sans néonicotinoïdes en traitement de semences. Elle va implanter, cette année, des essais en partenariat avec le groupe sucrier Tereos, tout comme un autre agriculteur du Nord Pas-de-Calais. « Notre objectif est de tester, sur ces deux exploitations, des solutions alternatives au traitement de semence, appliquées en foliaire, mais aussi de mesurer l’influence de la variété, et notamment du port de la betterave ou de la couleur du feuillage, explique Guillaume Boutillier, du service agronomique de Tereos auprès des usines de Lillers et d’Attin. Toutefois, les expérimentations sont très complexes. » L’ITB évalue d’autres pistes telles que les bio-agresseurs des pucerons, des substances naturelles répulsives, des variétés de betteraves moins attirantes par leur goût, leur forme ou la présence de poils, ou encore des variétés tolérantes au virus.

Quoi qu’il en soit, les planteurs estiment avoir besoin encore de temps. Ils rappellent que les betteraves ne sont pas attractives pour les insectes butineurs car elles sont récoltées avant la floraison. Il n’y a pas non plus de guttation. En s’appuyant sur ces éléments, ils vont demander une dérogation pour l’utilisation des néonicotinoïdes pour les campagnes 2019 et 2020.

Une chose est sûre, toutes cultures confondues, la profession devrait maintenir la pression jusqu’à ce que les ministres prennent leurs décisions. Et si dérogations il y a, ces dernières ne devront pas tarder à sortir, afin que les lignes de production de semences effectuent l’enrobage à temps.

Témoin
« Plus aucune intervention d’acétamipride » Laurent Rougerie, pommiculteur à Lubersac (Corrèze), responsable de la commission technique de la coopérative Limdor

«Nous avons signé, au printemps 2016, le cahier des charges Bee Friendly, qui proscrit notamment l’utilisation des néonicotinoïdes. Dans la liste noire des insecticides interdits par le cahier des charges, huit matières actives étaient utilisées jusqu’alors dans nos parcelles. Parmi celles-ci, il y avait sept usages que nous considérions comme « mineurs » (contre les acariens, les tordeuses…), donc facilement substituables. En revanche, avec l’interdiction de l’acétamipride (Supreme), notre service technique a dû se pencher sérieusement sur la lutte contre les pucerons cendrés. En atrophiant les pommes, ils provoquent jusqu’à la perte totale de récolte, voire impactent aussi l’année N+1.

Contre le puceron, nous intervenons avant et après floraison avec des huiles blanches, de la flonicamide et du tau-fluvalinate. Notre nouvelle stratégie repose également sur l’utilisation de l’huile de neem ou l’azadirachtine (Neemazal-T/S) à la place de l’acétamipride en postfloraison. Cela revient trois fois plus cher. Ce produit naturel n’est pas homologué, mais il dispose tous les ans d’une dérogation de 120 jours.

Évidemment, en complément, nous n’utilisons pas d’insecticides pendant la période de production d’exsudats. En outre, toutes ces interventions sont raisonnées en fonction de la météo et de la présence d’une flore attractive pour les abeilles.

Depuis l’an dernier, plus aucun producteur de notre coopérative n’utilise de néonicotinoïdes. Nous n’observons pas de mortalités anormales d’abeilles chez nous, et nos clients sont rassurés de voir ces sentinelles dans nos vergers. D’autres coopératives s’intéressent à notre démarche agroécologique. Et nous allons engager des partenariats avec de nouvelles grandes enseignes.

Nous sommes les premiers producteurs de fruits en France à nous être engagés dans la démarche Bee Friendly. Monoprix, un des clients de notre coopérative Limdor, avait évoqué avec nous la préservation des abeilles, sentinelles de l’environnement. Au lieu de louer des ruches au moment de la floraison des pommiers, nous avons décidé d’en implanter dans nos vergers toute l’année. Avec, pour le moment, 1 200 ruches sur plus de 400 ha, nous avons noué des partenariats avec des apiculteurs. Ils s’occupent de nos ruches et nous leur donnons le miel. Cela a déjà permis d’installer trois apiculteurs et nous venons de créer une miellerie collective. »

D’ici à quelques jours

Après un peu plus de quatre ans d’attente, l’Efsa l’a tweeté le 5 février dernier : ses évaluations sur les risques potentiels des néonicotinoïdes seront publiées le 28 février 2018.

Suivront les publications des deux rapports (traitements de semences et autres usages) de l’Anses, puisqu’ils sont attendus début mars 2018.

Jusqu’à 40 q/ha. Sur céréales à paille, le traitement de semences à base d’imidaclopride protège les céréales jusqu’au stade 5 feuilles. Or, la sensibilité des plantes est élevée jusqu’au stade 3 feuilles et diminue ensuite. © INRA, IGEPP, Charles-Antoine Dedryver
TuYV. Sur colza, ce virus est transmis par le puceron vert. Les symptômes de jaunissement internervaire sont difficilement décelables, mais les pertes peuvent aller jusqu’à 10 q/ha. © Jérôme Chabanne
Encyclop’Aphid

En consultant Encyclop’Aphid (https://www6.inra.fr/ encyclopedie-pucerons), les pucerons n’auront plus aucun secret pour vous. Proposée par l’équipe écologie et génétique des insectes de l’UMR Institut de génétique, environnement et protection des plantes, cette encyclopédie répertorie les plantes hôtes, les ennemis naturels, l’incidence agronomique, les moyens de lutte… Des fiches d’identification sont disponibles.

© Claudius Thiriet
Témoin
« Sans traitement de semences, il faut surveiller de très près ses betteraves » Serge Lallez, agriculteur à Carvin (Pas-de-Calais)

«Jusqu’en 2016, j’utilisais des semences de betteraves traitées avec Imprimo ou Cruiser. L’an dernier, j’ai décidé de ne semer que des semences standard sans traitement insecticide. Je suis assez satisfait du résultat. Je n’ai pas eu d’attaques de taupins ni de blaniules, et j’ai réussi à contrôler les pucerons avec deux interventions foliaires. Il faut être très vigilant à la fois sur la gestion des résidus dans le sol et sur la surveillance des pucerons. Je crois que si je n’ai pas eu d’attaques d’insectes du sol, c’est parce que les résidus végétaux étaient décomposés avant le semis des betteraves. Je détruis mes engrais verts le plus tôt possible en novembre, avant que les tiges ne se transforment en lignine. J’ai opté pour des couverts à base d’avoine, de vesce, phacélie et trèfle d’Alexandrie ou incarnat. J’évite la moutarde car elle lignifie trop vite. Je broie le couvert ou je le « casse » pour en faire un mulch avec un passage de cover-crop très superficiel sur 2 ou 3 cm maximum. J’utilise également un biostimulant depuis plusieurs années, qui contribue à la bonne décomposition des débris végétaux. Contre les pucerons, je surveille chaque parcelle au moins deux fois par semaine. J’observe chaque betterave sur une ligne d’un mètre de long et renouvelle plusieurs fois l’opération dans le champ. Ce sont les pucerons verts qui arrivent en premier. Dès que j’en repère au cœur des betteraves, j’interviens. Je poursuis la surveillance et traite à nouveau s’ils reviennent. En 2017, j’ai réalisé une première intervention à base de Karaté K début mai, et une seconde avec Protéus (1) trois semaines plus tard. Ce sont les deux seuls produits autorisés en traitement foliaire contre les pucerons. Mes 40 ha de betteraves, répartis en sept parcelles, n’ont pas été totalement indemnes de jaunisse. Dans l’une d’elles, un rond est apparu fin septembre. Il s’agit peut-être d’une variété plus sensible que les autres.

Pour les semis 2018, j’ai à nouveau commandé des semences sans traitement insecticide. J’ai éliminé la variété qui a été touchée l’an dernier, sans trop savoir si elle était réellement plus sensible que les autres.

Dans les prochaines années, il faudrait que des expérimentations très poussées soient mises en place afin d’identifier si certaines variétés sont plus tolérantes aux pucerons et aux virus. Il faudrait également disposer de nouvelles molécules insecticides en végétation, car avec un nombre très limité de modes d’action, nous allons très vite nous retrouver dans une impasse. Il serait aussi intéressant de remettre en place les systèmes d’alerte pucerons qui existaient autrefois. »

Blandine Cailliez

(1) Protéus est à base de thiaclopride, matière active de la famille des néonicotinoïdes.

Pucerons : pas de solution clé en main

Avec le retrait des néonicotinoïdes, beaucoup d’agriculteurs pointent du doigt le manque de données concernant les pucerons, le potentiel infectieux qu’ils transportent, et les virus. En outre, la reconnaissance au champ est loin d’être aisée, même pour des personnes averties. Quant aux Bulletins de santé du végétal, voire aux informations données par certaines firmes, ils renseignent sur la pression des pucerons mais restent souvent partiels. Les piégeages, à l’aide de plaques jaunes engluées ou grâce aux tours à succion (photo), n’aboutissent pas forcément à un lien direct avec la présence des pucerons dans les parcelles, et encore moins à l’apparition de viroses. Certains exploitants estiment pourtant qu’ils avaient plus d’informations auparavant, notamment grâce à ces tours. Elles permettent d’avoir une idée de l’activité des vols et donnent une indication sur le risque potentiel (mais pas sur le pouvoir virulifère). Or, les structures qui étaient responsables de ce suivi se sont pour la plupart désengagées, car les tours demandent beaucoup de temps et de compétences pour identifier les insectes (tri, reconnaissance…). Elles coûtent donc très cher. Désormais, seules quelques-unes sont encore en activité, comme celle de l’Inra de Rennes (35) ou de la Fredon Champagne-Ardenne, à Lavannes (51). Avec un périmètre d’action d’environ 50 km, le maillage actuel n’a plus rien à voir avec ce qu’il était. Et si remettre en route ce réseau permettrait d’être mieux armé face au puceron, cela ne permettrait pas de prédire le risque. Pour le moment, il n’existe donc pas de solution clé en main. Toutefois, des projets de recherche voient le jour afin de se projeter à la parcelle. « Toute une série de moyens sont étudiés, comme des kits de diagnostic au champ pour l’observation et l’analyse directe, ou encore la surveillance avec un système de caméra… », renseigne Emmanuel Jacquot, de l’Inra de Montpellier.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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