Dans une étude publiée en 2009, des chercheurs ont estimé que la production mondiale de phosphore devrait atteindre un pic en 2030. Cette date ne fait pas consensus, mais « les différents rapports semblent converger vers un pic mondial d’extraction des roches phosphatées vers 2050, et un épuisement des réserves avant la moitié du siècle prochain », signale Thomas Nesme, professeur d’agronomie à Bordeaux science agro.

En conséquence, le prix des engrais minéraux phosphatés pourrait augmenter, d’autant plus que la demande devrait croître sous l’effet de la hausse du pouvoir d’achat. Outre cet équilibre de marché, Thomas Nesme signale des difficultés croissantes pour l’exploitation des gisements. « Plus on exploite les ressources, moins elles seront concentrées­ et plus elles seront susceptibles d’être contaminées par du cadmium ou de l’uranium présents dans les roches, ce qui entraîne des coûts de production croissants », précise-t-il.

Limiter les apports de cadmium sur les sols agricoles est, en effet, un enjeu de santé publique de plus en plus prégnant. Le Conseil de l’Union européenne a d’ailleurs adopté, en mai 2019, un texte limitant la teneur de cet élément trace métallique à 60 mg/kg dans les engrais minéraux phosphatés. Sa transposition française est attendue en septembre 2021. L’Anses (1) recommande, quant à elle, de fixer la limite à 20 mg/kg.

Face au caractère épuisable des réserves, des enjeux de santé publique ou encore géopolitiques - les gisements sont concentrés dans quelques pays seulement -, la fertilisation phosphatée doit évoluer. Les nouvelles pratiques qui diversifient l’agriculture peinent pour l’heure à trouver leur place dans la méthode du Comifer, datant des années 1980.

Par Hélène Parisot

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.