On croyait ce terme barbare réservé aux grandes chaînes industrielles. Mais non : au fur et à mesure que se développent les circuits courts, la logistique s’impose aux producteurs dans la gestion quotidienne de leur exploitation. Elle concerne la multitude des tâches nécessaires à l’acheminement des produits jusqu’au client final : gestion des commandes, préparation des colis, transport, remise en main propre ou en point relais… Tout cela conditionne la rentabilité et la durabilité des projets, mais prend aussi un temps et une énergie considérables lorsque l’on travaille sur de petits volumes. Les producteurs sont souvent seuls pour relever le défi et les références manquent pour développer un accompagnement digne de ce nom.

Bouillonnement d’idées

Bonne nouvelle : le monde de la recherche s’est emparé de la question. L’Inra travaille sur le sujet avec le réseau des Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) depuis 2005. Toutefois, tout s’accélère depuis deux ans. En Rhône-Alpes, par exemple, le programme interdisciplinaire « Syam » étudie de près l’émergence de systèmes alimentaires à l’échelle des territoires (lire page 48). A Grenoble, les mathématiciens du laboratoire G-Scop conçoivent des outils logistiques adaptés aux circuits courts. Des chercheurs et des acteurs locaux – animateurs de chambres d’agriculture, de Cuma et de Civam – ont tenu en septembre dernier, à Paris, une journée d’étude sur « la logistique dans les chaînes alimentaires courtes de proximité ». Preuve du bouillonnement d’idées sur le sujet, des start-up comme « La charrette », des réseaux de distribution comme « La ruche qui dit oui », et d’autres logisticiens « nouvelle génération » s’invitent sur le terrain pour offrir des prestations adaptées aux besoins. Bien sûr, le recours à des services extérieurs fait toujours courir le risque de perturber le lien sacré qui unit le producteur au consommateur, mais il fait aussi entrevoir la possibilité d’augmenter sa production pour répondre à une demande grandissante dans les territoires (restauration collective, restaurants…).

Les acteurs rencontrés au cours de cette enquête en sont persuadés : nous sommes à l’aube d’une révolution au sein des chaînes alimentaires. Il reste aux producteurs à ne pas perdre la main sur leur produit, quand bien même ils s’appuieraient sur les compétences techniques de tiers. Les consommateurs réclament cette transparence. Ce qui laisse présager de nouveaux partenariats au service des territoires et de la production locale.