«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » : cette maxime bien connue, Jean-Michel Choquet, aviculteur à Trédion (Morbihan), l’a fait sienne. L’idée que la litière de ses animaux puisse servir à chauffer les bâtiments dans lesquels ils sont élevés, satisfait ce fervent défenseur de l’économie circulaire. Sur son élevage de poulets et de dindes, vient d’être installée la première chaudière à biomasse et litière de volailles en France, après dix ans de réflexion. Le concept est développé par la société Exedia (Rhône), spécialiste de la combustion.

Le principe est simple. Le fumier de volailles (ou la biomasse) est brûlé dans un foyer dont les fumées chaudes sont récupérées pour chauffer de l’eau grâce à un échangeur. L’eau chaude sert à alimenter les aérothermes dans les poulaillers.

L’installation de démonstration présente sur l’exploitation peut brûler 1 000 t de litière par an. La chaudière d’une puissance de 300 kW chauffe les 4 bâtiments du site, soit 5 900 m² (2 ×1 700 m² et 2× 1 250 m²). Pour l’instant, elle brûle de la sciure en attendant toutes les validations administratives. « À terme, seule la litière des poulets composée de copeaux et sciure sera valorisée dans la chaudière », précise l’éleveur. La litière des dindes (copeaux + rajout paille broyée) est compostée. Exedia travaille, par ailleurs, sur un procédé pour la paille, mais plus compliqué à mettre en œuvre en raison du mâchefer (blocs de silice).

Les cendres exportées hors Bretagne

À l’échelle de l’exploitation, l’économie sur la facture de chauffage devrait représenter l’équivalent de 40 t de gaz, soit de 30 000 à 40 000 € (selon le prix du gaz, actuellement 700 €/t). Les cendres récupérées après dépoussiérage des fumées, riches en phosphore et en potasse, seront vendues à un céréalier dans la Beauce. Plutôt que d’évacuer de la litière, la technique permet ainsi de concentrer les éléments fertilisants et de limiter le nombre de camions sur la route (2 semi-remorques de cendres par an).

L’éleveur y voit de nombreux autres avantages, par exemple sur les performances zootechniques.

« Grâce à cette énergie moins chère, je vais pouvoir me permettre de chauffer mieux et plus longtemps les bâtiments, jouer sur l’hygrométrie, notamment en période hivernale. L’ambiance est plus saine dans le bâtiment. La litière est plus sèche, ce qui devrait limiter les pododermatites », argumente l’éleveur. Il y a également moins de CO2 dans les bâtiments, car le nouveau système d’aérotherme mis en place fonctionne par échange air/eau et non par combustion. Au final, les conditions de vie des animaux seront améliorées. La boucle est bouclée…