Un robot en plein champ, cette fois ce ne sont plus des images de synthèse ou une démonstration. Celui-ci est commercialisé et a été acheté par Damien Blondel, polyculteur installé à Ludes (Marne), qui cultive 220 hectares en agriculture biologique. « J’ai commencé à convertir une partie de ma surface en 2009, mais j’avais conservé environ la moitié en conventionnel, pour continuer la betterave sucrière », se souvient-il.

 

Le FD20 de chez FarmDroïd est un robot capable de semer et de désherber tout seul sur et dans le rang. © P. Peeters
Le FD20 de chez FarmDroïd est un robot capable de semer et de désherber tout seul sur et dans le rang. © P. Peeters

Gérer le désherbage en bio

« Je me suis converti à 100 % lorsque l’on m’a proposé de faire de la betterave en bio, explique Damien Blondel. J’ai commencé par 10 ha en 2019 et les résultats étaient plutôt bons. J’ai poursuivi en 2020 avec 15 ha. Cette année-là, il m’a fallu presque 150 heures de désherbage par hectare, soit deux fois plus qu’en 2019. » La difficulté de trouver de la main-d’œuvre, mais surtout son coût élevé, ont poussé Damien à chercher d’autres techniques pour continuer cette culture.

 

« J’avais déjà vu ce robot sur internet, il tournait à l’étranger, poursuit-il. Quand j’ai su qu’il était importé en France, je me suis tout de suite renseigné. Pour un modèle comme le mien, il faut compter environ 80 000 €. C’est une somme ! Mais au regard du coût de la main-d’œuvre, environ 30 000 € en 2020, et du faible coût d’utilisation du robot, l’investissement semble pertinent. »

Des graines géolocalisées

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », c’est un peu la philosophie du robot FarmDroïd, qui va semer et désherber en totale autonomie. Son but n’est pas d’aller vite, mais plutôt de travailler lentement, précisément et presque sans s’arrêter. Lors du semis, tout réside dans la précision du placement de chaque graine, dont la position GPS est enregistrée.

 

Le désherbage se fera ensuite en fonction de la position de celle-ci, et non via une caméra ou un autre moyen de détection. Le FarmDroïd pourra ainsi désherber entre les rangs, mais surtout sur les rangs, en sachant où se trouvent les futures plantes. « Le but est de réaliser un désherbage vraiment à l’aveugle, lorsque les adventices sont au stade du filament ou du cotylédon », précise Damien.

700 mètres par heure

Il faut dire qu’avec 900 kg sur la balance et une vitesse de croisière de 700 m/h, ce petit tricycle n’est pas taillé pour affronter des chénopodes de 15 cm, mais plutôt pour scalper inlassablement le sol sur les premiers centimètres. Pour cela, une lame vient travailler sur le rang. Elle s’escamote à l’endroit où le robot a enregistré le placement de la graine.

 

En complément, un élément est ajouté sur l’interrang en version désherbage pour travailler ce dernier. « Le passage du mode semis au mode désherbage demande environ deux heures, explique l’agriculteur. Les éléments semeurs restent sur la machine. Ils sont remontés, puis j’équipe le système avec le couteau pour le rang et l’élément supplémentaire pour l’interrang. La modification est assez simple. »

 

Une précision chirurgicale

Le robot est dimensionné pour travailler une vingtaine d’hectares. « Cette année, il en fera 18 chez moi », poursuit-il. En évoluant sur une surface volontairement limitée, le robot ne s’arrête presque jamais si les conditions sont bonnes. « Dès qu’il a terminé de semer, il commence le désherbage. Et dès qu’il a fini, il reprend au début. Ainsi, il ne se laisse pas “dépasser” par les adventices. »

 

Le FarmDroïd est doté de six éléments comparables à ceux d’un semoir mécanique de précision. Avec un écartement à 45 cm, comme chez Damien, il travaille sur 2,70 m de largeur. La distribution et le transport des graines sont effectués par gravité. Pour assurer une précision millimétrique du placement, la graine patiente quelques instants au ras du sol, entre la distribution et le sillon. Une porte s’ouvre lorsqu’elle est au bon endroit. Ainsi, elle tombe de quelques millimètres, elle ne rebondit pas, et son emplacement est précis.

 

Afin d’assurer la précision du semis, une trappe réceptionne, puis libère la graine au ras du sol à l’emplacement choisi. © P. Peeters
Afin d’assurer la précision du semis, une trappe réceptionne, puis libère la graine au ras du sol à l’emplacement choisi. © P. Peeters

Un système intuitif

Depuis son smartphone, Damien peut à tout moment contrôler et arrêter le robot : « Grâce à une application spécifique plutôt bien faite, je vois en temps réel où il se situe dans la parcelle. S’il rencontre un problème, s’il s’arrête, je reçois une alerte. Pour commencer une parcelle, je lui indique les coins du champ, le nombre de tours de fourrières que je veux faire et l’écartement entre graine que je souhaite sur mon rang. »

 

« Le robot calcule et me propose ensuite son parcours, en fonction de la position des graines qu’il aura déterminé. Au binage, j’ai aussi la possibilité de paramétrer la distance autour de la graine où la lame ne travaillera pas. Ainsi, je peux désherber très précisément au début, puis m’écarter un peu lorsque la betterave grossit. »

 

Une fois lancé, le robot est totalement autonome, y compris en énergie. Tout est électrique, de la propulsion au système pour relever les rangs. Cette électricité est fournie par quatre panneaux photovoltaïques placés sur le toit.

 

« Au travail, le robot a besoin de la production d’environ 1,5 panneau pour fonctionner, indique l’agriculteur. Le reste sert à emmagasiner de l’électricité dans ses deux batteries pour fonctionner la nuit. » La vitesse de travail faible est compensée par un système fonctionnant en 24/24, le tout renforcé par un coût d’utilisation pratiquement nul. Pour tirer des conclusions sur l’efficacité de ce système, il faudra avoir du recul sur plusieurs campagnes, mais Damien Blondel est confiant.