Un producteur de semences qui se lance dans l’équipement robotisé, ce n’est pas banal. Pourtant, le groupe Deleplanque a dévoilé, le 23 septembre dernier, un premier prototype du robot BlueBob. L’engin est conçu pour désherber en autonomie les cultures de betteraves sucrières, tant dans l’interrang que sur le rang. Le semencier a travaillé avec sa filiale allemande Strube, avec le spécialiste français de la robotique agricole Naïo Technologies et avec Fraunhofer, un centre allemand de recherche en haute technologie. La production en présérie est prévue en 2022, avec un objectif de lancement commercial en 2023. Deleplanque compte sur une évolution de la réglementation, pour que le travail d’engins autonomes soit autorisé en plein champ.

 

Dans un mouvement de ciseaux, les deux couteaux, ici en position de désherbage, s’écartent l’un de l’autre à chaque plantule de betterave. © G. Baron
Dans un mouvement de ciseaux, les deux couteaux, ici en position de désherbage, s’écartent l’un de l’autre à chaque plantule de betterave. © G. Baron

Couteaux mobiles

L’interrang est désherbé classiquement, à l’aide de socs à patte-d’oie. Pour l’action sur le rang, ce sont des couteaux qui travaillent et s’ouvrent à la manière de ciseaux, afin d’épargner les betteraves. Sur ce prototype, le mouvement est entraîné par un circuit hydraulique, mais l’électricité ou l’air comprimé sont des solutions envisagées à l’avenir.

 

Reconnaissance des plantes

Grâce à des caméras – une par rang – BlueBob analysera le rang pour décider de gratter ou non le sol. Avec une vitesse d’avancement de 2,4 km/h, le robot disposera d’environ une seconde pour prendre la décision d’ouvrir ou de fermer les lames qui travaillent sur le rang. Un système d’intelligence artificielle embarqué est capable de distinguer, dès le stade des deux feuilles, une plantule de betterave d’une adventice.

L’entreprise a confiance en son système de reconnaissance, puisque BlueBob est en fait la version « armée » du PhenoFieldBot, un robot utilisé depuis trois ans chez Strube dans le processus de sélection pour faire du phénotypage des betteraves sucrières dès les stades les plus précoces. Les capacités de reconnaissance de plantes sont améliorées continuellement, à renfort de deep learning, c’est-à-dire l’apprentissage autonome du système d’intelligence artificielle.

Questions en suspens

De nombreux aspects de la version finale du BlueBob sont encore à déterminer. L’idée de Deleplanque en entreprenant le projet était de travailler sur six rangs, pour viser un débit de chantier supérieur à 0,5 ha/h. Aujourd’hui, un travail sur quatre rangs est à l’étude et il pourrait s’avérer plus intéressant.

La robotisation a ses contraintes qui compliquent le travail en grande largeur. En plus d’un coût élevé, le tassement du sol serait accru, l’autonomie du robot diminuée et son transport compliqué. L’éclairage pour le travail nocturne est envisagé. Ce sujet pose des questions, tout comme celui du type de batterie à utiliser.

Gildas Baron