La betterave a longtemps occupé une part importante de la sole fourragère bretonne. Progressivement, elle a été remplacée par du maïs.

À l’EARL Les Hautes Feugettes, Gisèle et Gaëtan Veillard ont suivi le chemin inverse, grâce aux talents de bricoleur de ce dernier. Il a conçu une astucieuse installation pour les trier, les broyer et les distribuer facilement aux 45 montbéliardes de la ferme, située à Châteaubourg, en Ille-et-Vilaine.

 

Une vis sans fin est située dans le fond du godet pour distribuer l’aliment. Elle est animée par un moteur hydraulique récupéré sur une désileuse portée. Il se branche désormais sur les prises hydrauliques du télescopique. © G. Baron
Une vis sans fin est située dans le fond du godet pour distribuer l’aliment. Elle est animée par un moteur hydraulique récupéré sur une désileuse portée. Il se branche désormais sur les prises hydrauliques du télescopique. © G. Baron

« Nous étions sur un système uniquement herbager jusqu’en 2010, explique l’agriculteur. Nous sommes passés en bio cette année-là, et la ration manquait d’énergie. Nous avons alors choisi de réintégrer du maïs dans l’alimentation des animaux. Cependant, les dégâts de corbeaux et de sangliers et la mouche du semis, en 2016, ont achevé notre volonté de cultiver cette plante, poursuit-il. En 2017, nous nous sommes donc tournés vers la betterave. »

 

À la sortie du godet, une goulotte guide les betteraves dans leur chute afin qu’elles arrivent dans le creux de la table d’alimentation. Cela évite que le chariot télescopique ne roule dessus. © G. Baron
À la sortie du godet, une goulotte guide les betteraves dans leur chute afin qu’elles arrivent dans le creux de la table d’alimentation. Cela évite que le chariot télescopique ne roule dessus. © G. Baron

Une Table de tri et de broyage

L’utilisation de cette dernière satisfait le couple dès la première année. « C’est un apport intéressant, et les vaches en raffolent, explique Gaëtan. Mais la qualité de sa distribution est un point très important. Au début, j’employais un bol mélangeur, mais elles n’étaient pas suffisamment broyées, et je craignais des soucis d’acidose. »

 

L’ensemble se compose de trois niveaux. Les betteraves sont placées en haut sur la table de tri, qui se fait en position debout, et tombent dans un broyeur qui les transfère dans le godet de distribution situé en dessous. © G. Baron
L’ensemble se compose de trois niveaux. Les betteraves sont placées en haut sur la table de tri, qui se fait en position debout, et tombent dans un broyeur qui les transfère dans le godet de distribution situé en dessous. © G. Baron

L’éleveur s’est alors mis en quête d’un broyeur de betteraves. « J’en ai trouvé un à manivelle sur un site de petites annonces. Je possédais un moteur électrique triphasé dont je ne me servais plus. Je l’ai donc mis dessus. » Il broyait alors directement au pied de la remorque, néanmoins les cailloux ramassés en même temps que les betteraves étaient problématiques. « Je montais dans la remorque pour trier, il fallait donc se baisser tout le temps. Mon dos en a souffert. »

 

Le vieux broyeur à manivelle a été trouvé pour 50 € sur un site de petites annonces. Gaëtan lui a ajouté un moteur électrique triphasé issu d’une vis à grain. © G. Baron
Le vieux broyeur à manivelle a été trouvé pour 50 € sur un site de petites annonces. Gaëtan lui a ajouté un moteur électrique triphasé issu d’une vis à grain. © G. Baron

Gaëtan a donc imaginé et fabriqué une table de tri au-dessus du broyeur, avec une plateforme sur laquelle il peut se tenir debout et être à la bonne hauteur. Il lui faut cinq à dix minutes pour faire son tri. Les cailloux finissent dans une petite caisse en bois, intégrée au châssis.

 

Un godet sur mesure

Cette invention se compose de trois niveaux. Le tri est effectué sur le niveau supérieur. Les betteraves passent après par une trappe qui donne sur le broyeur. Un godet, placé en dessous, réceptionne les plantes broyées. L’agriculteur a fait réaliser ce dernier sur mesure par un ferrailleur. L’outil a une forme d’entonnoir et correspond aux dimensions de la table de tri (2,40 m de largeur).

 

Dans la table de tri, une trappe sert à faire tomber les betteraves dans le broyeur. Elle se referme une fois le broyage terminé, pour éviter que l’outil ne s’encrasse. © G. Baron
Dans la table de tri, une trappe sert à faire tomber les betteraves dans le broyeur. Elle se referme une fois le broyage terminé, pour éviter que l’outil ne s’encrasse. © G. Baron

« Pour distribuer les racines broyées, j’y ai intégré une vis sans fin dans le fond. Elle est animée par un moteur hydraulique, que j’ai récupéré sur une vieille désileuse portée. » Gaëtan charge ainsi le niveau supérieur de sa table en betteraves avec un godet classique. Il attelle ensuite celui qu’il a conçu pour distribuer, et le positionne en dessous. Une fois le broyage accompli, il peut directement se rendre sur la table d’alimentation avec le télescopique. Il lui reste simplement à installer la goulotte qui guide la chute des betteraves sur le côté.

En tout et pour tout, une vingtaine de minutes est nécessaire pour trier, broyer et distribuer l’aliment aux vaches, qui se jettent dessus. « C’est leur dessert, sourit l’éleveur, elles n’en font qu’une bouchée ! »

Moins de 700 euros

La fabrication de tout cet équipement aura coûté environ 650 euros à l’EARL Les Hautes Feugettes. « J’ai eu le broyeur à 50 euros, les éléments du châssis de la table de tri comptent pour 250 euros, la ferraille et le pliage du godet m’ont, quant à eux, coûté 350 euros. À cela, il faut rajouter quatre journées de travail pour créer la table, et deux après-midi pour assembler le godet. Mais j’aime beaucoup la bricole, c’était un plaisir ! J’ai, d’ailleurs, apporté quelques petites modifications depuis. Il me reste encore à ajouter un agitateur avec une butée sur la vis, de manière à éviter que les betteraves collent aux parois du godet et le bloquent. Après cela, je n’aurais plus qu’à peindre l’ensemble godet et table », sourit Gaëtan.

G. Baron