Profiter au mieux de tous les éléments fertilisants de son lisier pour qu’ils bénéficient pleinement aux cultures, c’est ce que promet le système SyreN grâce à l’acidification du lisier. Le procédé permet de lutter contre la volatilisation de l’azote, premier facteur de perte d’efficacité lors de l’épandage.

 

La cuve d’acide est sécurisée par une armature en cas de choc. La cuve est livrée pleine et se charge facilement à l’avant du tracteur. © I. Lejas
La cuve d’acide est sécurisée par une armature en cas de choc. La cuve est livrée pleine et se charge facilement à l’avant du tracteur. © I. Lejas

« Près de 70 % de l’azote total est sous forme ammoniacale, 20 à 80 % de ces émissions peuvent être perdues par évaporation selon les conditions atmosphériques à l’épandage », explique Kevin Gremy, responsable du pôle technique et production chez Mauguin Citagri, fabricant de tonnes à lisier à Saint-Berthevin (Mayenne). En incorporant de l’acide sulfurique dans l’effluent, on abaisse la part de l’azote contenu sous forme ammoniacale volatil. »

 

L’injecteur est situé à la sortie de la tonne, 4 à 5 m avant l’évacuation du lisier. © I. Lejas
L’injecteur est situé à la sortie de la tonne, 4 à 5 m avant l’évacuation du lisier. © I. Lejas

Abaisser le pH du lisier

Baptisée SyreN, la technique a été inventée par la société danoise Biocover il y a douze ans. L’entreprise Mauguin Citagri a signé un partenariat d’exclusivité pour trois ans pour développer le concept en France.

Le principe consiste à injecter de l’acide sulfurique dans le lisier pendant l’épandage. L’acide diminue le pH du lisier en transformant l’ammoniac volatil en ammonium, composé plus stable et plus facilement absorbable par les plantes et qui aide, en plus, à l’assimilation du phosphore. Le risque de volatilisation est ainsi réduit.

 

Le capteur de pH vérifie l’acidité souhaitée. © I. Lejas
Le capteur de pH vérifie l’acidité souhaitée. © I. Lejas

« Plus le pH est bas, moins il y a d’émissions. Un pH de 6,4 est optimal avec une réduction des émissions d’environ 50 %, un pH de 5,5 les réduit d’environ 100 % », indique Philippe Cha, directeur de Mauguin Citagri. La consommation d’acide varie en fonction du pH du lisier et il faut compter une moyenne de 1 l /m³ pour le lisier de bovin et 1,5 l/m³ pour le lisier de porc pour arriver au pH de 6,4.

« Le système améliore l’utilisation de l’azote jusqu’à 85 %, estime son concepteur Norton Toft, de la société Biocover. Le rendement des cultures s’accroît d’au moins 1 t/ha. L’acide sulfurique ajoute naturellement du souffre, ce qui est particulièrement intéressant sur prairie et colza. » Il faut compter 15 € d’acide pour 30 m³ épandus/ha.

 

En cabine, les données, telles que la position GPS, les quantités d’acide, le pH, sont enregistrées dans un terminal. SyreN suit le protocole de communication Isobus. © I. Lejas
En cabine, les données, telles que la position GPS, les quantités d’acide, le pH, sont enregistrées dans un terminal. SyreN suit le protocole de communication Isobus. © I. Lejas

Les ETA et certaines Cuma

Le système comprend un caisson monté à l’avant du tracteur. Celui-ci répond aux normes ADR relatives aux transports des matières dangereuses. Il supporte une cuve échangeable de 1 000 l d’acide sulfurique. L’opérateur n’est jamais en contact avec l’acide. L’acide est aspiré vers la tonne pour être mélangé avec le lisier dans un injecteur juste avant l’épandage. Il est impossible de mélanger directement l’acide dans la cuve car les réactions chimiques engendrent une augmentation de la pression et de la mousse. Un capteur mesure en permanence le pH pour ajuster la quantité d’acide à injecter. Le caisson avant intègre un réservoir d’eau (300 l) pour le rinçage du système. Un autre réservoir (300 l) peut incorporer d’autres additifs (sulfate de fer, inhibiteur d’azote, nitrate de manganèse).

 

Le mélange lisier et acide sulfurique donne un effet moussant. © I. Lejas
Le mélange lisier et acide sulfurique donne un effet moussant. © I. Lejas

Compte tenu de son coût, la cible visée pour l’investissement dans ce type de matériel sont les ETA et certaines Cuma. Il faut compter de 72 000 à 80 000 € pour tout le matériel, ainsi qu’une formation de deux jours incluant notamment la manipulation et la sécurité.

Le système peut être monté sur une tonne à lisier neuve ou être ajouté par la suite si la tonne est équipée d’un débimètre. Le tracteur doit être suffisamment puissant et équipé d’un relevage avant (3 t au minimum). Le procédé est particulièrement efficace pour un épandage avec pendillards.

Isabelle Lejas