Jugées prometteuses en 2015, la plupart des start-ups de l’Agtech se sont-elles maintenues ?

Globalement, les start-ups de l’Agtech sont remarquables par leur durabilité. La plupart ont trouvé leur marque et tournent bien, à l’instar des comparateurs agricoles par exemple. Parmi celles qui ont bien décollé, on compte également Piloter sa ferme qui propose une assistance personnalisée pour aider l’agriculteur à définir une stratégie de commercialisation de ses produits ou encore Sencrop (capteurs, stations météo connectées et sondes d’irrigation) qui vient de lever 10 millions de dollars américains et enregistre plus de dix mille utilisateurs. Les plateformes de commercialisation enregistrent toujours plus d’utilisateurs, notamment Agrifournitures qui propose désormais des tracteurs sur son site.

 

Quelques-unes ont disparu comme Airinov (drones) ou ont connu une liquidation comme Wefarmup (location de matériel agricole) rachetée par Cocolabs (leader de la création de market-place). La Balle ronde (place de marché pour l’achat et la vente de foin et de paille) ne communique plus sur son activité. Certaines ont été amenées à se rapprocher : Sencrop a racheté Visio-Green. D’autres vont encore tomber, mais on constate surtout le maintien d’une majorité des acteurs de l’Agtech. Ils s’inscrivent dans des cycles proches de ceux du végétal ou de l’animal, avec des phases d’expérimentation longues, et font ainsi preuve d’une plus grande stabilité qu’en foodtech (start-ups de l’alimentation, concentrées davantage sur la consommation que sur la production) par exemple, où les itérations et possibilités d’évolution sont très rapides.

Les investisseurs du marché de l’Agtech ont-ils aussi évolué ?

Les investisseurs regardent beaucoup plus le marché de l’Agtech qu’auparavant. Il y a cinq ans, la foodtech attirait davantage. D’ailleurs, on ne parlait pas vraiment des start-ups innovantes de l’Agtech qui étaient classées parmi celles de la foodtech ou de la Greentech (start-up de l’environnement). Ce n’est plus le cas, la tendance s’est inversée.

 

Les sociétés intéressées ont regardé la première vague Agtech et ont pu se rendre compte d’un taux de casse faible. Deux fonds de capital-risque, Agrinnovation et CapAgro, sont désormais entièrement affectés à l’innovation en agriculture en France. Ces investisseurs restent cependant des familiers de l’agriculture. Ceux qui ne connaissent pas le secteur ont encore du mal à venir. La poussée des enjeux environnementaux (HVE, carbone) peut toutefois de changer la donne et les convaincre d’investir.

Comment expliquez-vous la faillite de certaines de ces start-ups ?

La fin d’Airinov est liée à un problème de marché, en particulier de concurrence avec la donnée gratuite satellitaire qui n’existait pas à son lancement. D’autres services ont par ailleurs été achetés. C’est le cas de Wefarmup, comme de Icownect qui est devenu en quelque sorte un logiciel de gestion de troupeaux au service des acteurs traditionnels de l’élevage du Grand Ouest (Innoval). Donc, ça a été plutôt une intégration de service.

 

À côté de cela, on voit aussi de nouveaux acteurs arriver. On ne peut pas parler d’Agtech, mais de fournisseurs de nouveaux services à l’instar d’Agrikolis, le relais de colis pour produits lourds et volumineux, ou encore Ferme Directe (vente de produits agricoles entre professionnels), qui travaille avec les agriculteurs, les coopératives et les négoces. Ces deux start-ups fonctionnent très bien aujourd’hui.

Les agriculteurs font-ils davantage appel à ces entreprises ?

Des freins se sont levés. À l’origine, la propriété de la donnée était un gros sujet : « Qu’est-ce que vous allez en faire ? » nous demandait-on à chaque réunion. Ce n’est plus le cas. La question de la dangerosité est beaucoup moins posée. Aujourd’hui, l’interrogation qui revient le plus souvent est : « Qu’est-ce qu’on y gagne ? » En 2017, 10 à 20 % des agriculteurs français avaient recours à au moins une start-up dans leur travail. Aujourd’hui, en supposant que les agriculteurs utilisateurs de solutions innovantes n’en utilisent pas qu’une seule, ce nombre est globalement évalué à environ 30 %.

 

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