«J’ai acheté mon premier camion porte-caissons en 1990, se souvient Régis, agriculteur installé à Ayron, dans la Vienne. À l’époque, je développais le séchage et le stockage à la ferme. J’avais trouvé un débouché pour mon maïs chez des éleveurs de pigeons de la région. Les caissons me servaient pour les récoltes d’été et d’automne, ainsi que pour livrer mon maïs tout au long de l’année. Depuis, les clients éleveurs ont cessé leur activité et j’ai dû trouver d’autres débouchés, comme le floconnage. Même si la majorité de mon grain part désormais de la ferme en semi-remorque, j’ai conservé le camion, car je trouve ce mode de transport vraiment intéressant pendant les récoltes. »

Quatre caissons de 25 m3

Pour la moisson, Régis dispose de quatre caissons de 25 m3. Depuis des années, il délègue sa récolte à l’ETA (1) Agro Tech Environnement. Pendant que la moissonneuse travaille, l’agriculteur effectue les allers et retours jusqu’à la ferme pour vider le grain dans la fosse. « Avec cette organisation, je me débrouille tout seul, précise-t-il. Sans le camion, il me faudrait deux tracteurs et deux bennes. À chaque changement de parcelles, je dépendrais de quelqu’un pour m’emmener d’un point à un autre. Là, mes tracteurs ne sont pas mobilisés et mon ouvrier s’en sert pour d’autres utilisations. La seule contrainte est l’adhérence, car si la parcelle est humide, le camion ne passe pas partout. Heureusement, la plupart de mes champs sont bordés de chemins relativement bien empierrés, où je peux déposer les caissons. »

À l’automne, le séchoir fonctionne en continu. Les deux boisseaux, la fosse de réception et les quatre caissons permettent de stocker jusqu’à 150 tonnes en réserve, de quoi sécher pendant environ une trentaine d’heures. Quand tout est plein, l’ETA part chez un autre client et revient quelques jours plus tard. L’installation de séchage et de triage est automatisée. Tout le circuit du grain est piloté par différentes sondes, selon un procédé que l’exploitant a lui-même imaginé. Toutes les commandes sont centralisées dans une grande armoire électrique, au pied des silos.

D’autres usages

« Le fait d’avoir mon propre camion m’a également permis de peaufiner l’organisation du stockage, ajoute Régis. J’ai deux autres caissons placés en poste fixe à la sortie du trieur. Le premier est fermé sur le dessus, car il récupère les poussières, le second reçoit les grains cassés. C’est plus pratique et bien plus propre que de déposer la marchandise au sol pour la recharger ensuite. Quand ils sont pleins, je les reprends avec le camion pour aller les vider. »

Les caissons et le camion servent à d’autres usages : stockage de semences, transport divers… Depuis quelques années, l’agriculteur réalise aussi des chantiers de travaux publics avec un tractopelle et un caisson spécifique pour le transport de terre. Une diversification qui reste toutefois marginale, mais qui lui a permis de conserver son salarié à plein-temps.

Depuis 1990, l’exploitation en est à son troisième camion. Il s’agit d’un F10 Volvo de type 6-2 (2), acheté 20 000 euros d’occasion en 2003. Le véhicule totalise aujourd’hui près de 950 000 km au compteur. « Dans mon cas, acheter un véhicule neuf à 100 000 euros ne serait absolument pas justifié, reconnaît Régis. Malgré son grand âge, le mien n’a jamais eu de grosses avaries, mais j’en prends soin. L’entretien et les différentes charges, comme le contrôle technique ou la taxe à l’essieu, me coûtent environ 2 000 euros par an. Ces dernières années, je ne roule plus que 6 000 km par an en moyenne, alors que j’en faisais 15 000 quand j’assurais la livraison de mon grain pour les pigeons. Mon organisation impose aussi certaines contraintes, notamment l’obligation d’avoir le permis poids lourd. En cas d’arrêt de travail, je ne pourrai pas me faire remplacer par n’importe qui. Cependant, je pense avoir fait le bon choix, car sans ce camion, je devrais investir davantage dans mon parc de tracteurs. » Denis Lehé

(1) Entreprise de travaux agricoles. (2) Six roues, dont deux motrices.