Il y a deux ans, Jean-François Lamothe forme un partenariat avec son semencier Bayer pour financer la technologie Variable Rate Irrigation (VRI) sur un de ses pivots. Une première en France pour une installation de ce type. « C’est l’occasion de se servir des 75 hectares couverts par le pivot pour déterminer l’impact de l’utilisation d’une telle technologie », confie Olivier Discazeaux, responsable de la division des semences chez Bayer.

La cartographie au cœur du procédé

L’intérêt de la modulation intraparcellaire est d’apporter la bonne dose au bon endroit. « Avant toute chose, il faut bien connaître son sol pour comprendre ses capacités à retenir l’eau », précise Jean-François Lamothe. Difficile de le contredire quand, autour de nous, le sol présente des variations de couleurs. Elles sont liées aux différences de capacité à absorber les 25 mm tombés la veille.

 

L’agriculteur a fait appel à la société Geocarta et aux services d’Api-Agro pour cartographier et analyser ses terres afin de mettre en exergue l’hétérogénéité de la parcelle. Les différentes mesures ont permis de dresser des cartes de résistivité, de structure, de réserve utile, etc. Une fois croisées avec des cartes de rendement des années précédentes, elles forment une base solide pour la détection des besoins futurs de la culture en eau.

 

Dans le cas de cette parcelle, 150 €/ha ont été investis pour l’analyse du sol. « Si le coût semble élevé, il faut relativiser car ces mesures sont valables pour une dizaine d’années et peuvent aussi servir pour la modulation des semis et des divers intrants », rassurent Olivier Discazeaux et Jean-François Lamothe. À ces analyses, il faut ajouter le coût des cartes de rendement, récupérées lors de la récolte. Les plus méticuleux peuvent aussi faire examiner la densité de végétation grâce à l’imagerie par satellite.

Peu de modifications du matériel existant

Toutes ces informations sont envoyées vers un outil d’aide à la décision (OAD) spécifique pour l’irrigation. « Jusqu’à aujourd’hui, nous avons fonctionné avec Irré-Lis, l’outil développé par Arvalis pour l’édition de bilans hydriques », précise Olivier Discazeaux. Grâce aux informations relevées par le biais des analyses, il est en mesure de fournir des données précises. Ces dernières prennent en compte l’hétérogénéité au sein de la parcelle pour fournir une carte de préconisation des apports d’eau intraparcellaires.

 

Cette information est ensuite transmise au pivot, à qui incombe la tâche d’apporter la quantité d’eau prescrite pour chaque zone. L’équipement VRI de Zimmatic a été installé en une dizaine de jours sur le pivot – de marque concurrente – déjà présent sur la parcelle. Une armoire Zimmatic avait été placée auparavant sur l’engin pour son pilotage à distance via l’application FieldNet. Elle gère les mouvements du pivot et leur programmation.

L’armoire VRI (à gauche), dédiée au pilotage des asperseurs, complète l’armoire Zimmatic, installée pour la gestion à distance du pivot. © L. Coassin
L’armoire VRI (à gauche), dédiée au pilotage des asperseurs, complète l’armoire Zimmatic, installée pour la gestion à distance du pivot. © L. Coassin
L’écran de l’armoire VRI affiche la carte de préconisation avec un code couleur. © Lindsay
L’écran de l’armoire VRI affiche la carte de préconisation avec un code couleur. © Lindsay

La mise en place du VRI n’a nécessité que l’ajout d’une seconde armoire, dédiée au contrôle des asperseurs. Cette dernière abrite la carte de préconisation de l’arrosage. Elle transmet en continu, grâce à son propre réseau wi-fi, l’ordre de dosage à chacun des asperseurs du pivot. Il varie en fonction de l’angle et de la position GPS du pivot.

 

Tous les asperseurs busés à 8 mm/j disposent de leur propre électrovanne indépendante. Cette dernière s’ouvre et se ferme en fonction d’un programme de séquences sur 60 secondes pour apporter la bonne quantité d’eau sur son passage.

Les asperseurs sont indépendants les uns des autres. Leur électrovanne est pilotée par les boîtiers récepteurs. Il y en a un tous les trois asperseurs. © L. Coassin
Les asperseurs sont indépendants les uns des autres. Leur électrovanne est pilotée par les boîtiers récepteurs. Il y en a un tous les trois asperseurs. © L. Coassin

Modifier la pompe 50 Hz n’a pas été nécessaire. « Le système de gavage direct déjà en place semble fonctionnel. Les régulateurs de pression amortissent les variations, c’est une chance. En revanche, cette situation n’est pas universelle. Sur d’autres installations, on privilégiera une pompe à débit variable », confirme Philippe Bourgoint, responsable technique pour Zimmatic.

Nouveaux projets de VRI

Après deux ans d’utilisation, l’intérêt semble démontré. « Nous observons des variations de 6 mm/m² entre certaines zones, confirme Jean-François Lamothe. On peut également éviter d’arroser les routes et les chemins traversés par le pivot. » Comme le souligne Olivier Discazeaux : « La région toulousaine est fortement confrontée aux tensions relatives à la consommation d’eau et aux terres hétérogènes. Deux problématiques qui pourraient être résolues par cette seule technologie. Nous travaillons d’ailleurs à son installation sur trois nouvelles exploitations. » La modulation intraparcellaire de l’eau a donc un bel avenir devant elle.