L’arrivée tonitruante du numérique en agriculture a laissé aux utilisateurs des questions importantes sans réponse. Comment laisser circuler l’immense quantité de données produites sur la ferme en étant serein sur l’utilisation qui en est faite ? Et surtout, comment en tirer profit ? Des questions qui semblent trouver leurs réponses dans le protocole Smart Farmers dont le développement par la start-up OKP4 est lancé depuis 2018. Le lancement d’une première plate-forme est d’ailleurs prévu pour le premier semestre de 2020.

La sécurité assurée par une blockchain

La plateforme utilise des algorithmes d’intelligence artificielle et une blockchain. Pourquoi est-ce utile à la sécurisation ? Parce que la blockchain demande une validation à un ordinateur de la chaîne pour chaque utilisation d’une donnée partagée. La traçabilité de sa circulation est donc garantie. Celui qui a produit la donnée et a décidé de la partager peut alors choisir avec qui et connaître tout le cheminement de son utilisation.

 

Trois niveaux de consentement au partage peuvent être utilisés : le niveau maximal dit « ouvert » où la donnée circule librement, le niveau « intermédiaire » où elle circule librement mais dont l’émetteur d’origine est anonymisé et le niveau « fermé » où elle n’est tout simplement pas partagée. Ces niveaux de consentement peuvent être modifiés sur l’interface utilisateur à tout moment, pour chaque information partagée.

Une rétribution financière

Le fait de partager donne par ailleurs droit à une rémunération. Lorsque leurs données sont utilisées, les contributeurs reçoivent des jetons, appelés tokens. La valeur d’un jeton correspond à la qualité de la donnée fournie (une simple image satellitaire vaut moins que des cartes d’analyses de sol déjà superposées) et du niveau de partage choisi par l’utilisateur. Ses jetons servent de monnaie d’échange avec les autres utilisateurs.

 

Un agriculteur peut donc payer la transformation de ses données avec les tokens récupérés lors de leur partage. Ils peuvent être achetés via la cryptomonnaie de type BitCoin propre à l’écosystème Smart-Farmers. Vendre ses jetons est possible mais réservé aux utilisateurs qui en cumulent le plus. En effet, le montant des jetons cumulés fait office de point de réputation pour obtenir des droits supplémentaires au sein du protocole.

Réunir toute la filière autour d’un intérêt commun

Pour qu’une telle technologie puisse être mise en place, tous les acteurs doivent être impliqués. En effet, les algorithmes d’intelligence artificielle ont besoin d’une quantité d’informations et de savoirs astronomiques pour pouvoir transformer les données de la ferme en quelque chose d’exploitable pour les agriculteurs. Smart Farmers ambitionne donc d’être la plateforme de regroupement de tous les acteurs de la filière agricole.

 

Qu’il s’agisse des données institutionnelles en libre accès, des savoirs scientifiques, des informations météorologiques, des résultats d’expériences des grands semenciers ou des informations produites par les machines des agriculteurs, tout le monde devra travailler main dans la main. Ainsi, les algorithmes de Smart Farmers pourront livrer des analyses et des interprétations d’informations pour tous les acteurs.

 

Cela se traduit par exemple par la transformation instantanée d’une analyse de sol et d’une carte de rendement des années précédentes en une carte de préconisation pour la modulation de la dose de semis prenant aussi en compte des informations financières. Une transformation payée par l’agriculteur avec les tokens qu’il aura gagnés en partageant ses cartes d’analyses et de rendement. Pour l’instant, OKP4 travaille sur des projets de filières régionales pour accélérer les négociations entre les parties.

Le machine learning pour enrichir la connaissance

Le fait d’utiliser l’intelligence artificielle permet d’avoir un algorithme qui apprend en permanence, accumulant ainsi de l’expérience. Toujours dans l’exemple de la modulation, les données sur les résultats obtenus par un agriculteur à la suite de l’utilisation de la carte fournie par l’IA, permettent à l’algorithme de tirer des conclusions sur l’efficacité de celle-ci. Il peut ainsi transmettre au fournisseur de la carte des rapports détaillés. L’algorithme modifie ensuite ses connaissances automatiquement afin de fournir une carte plus efficace ou tenant compte de plus d’éléments à l’avenir.

Toutes les connaissances de la filière sont réunies et mises à contribution lors de chaque demande de traitement d’un utilisateur. © OKP4
Toutes les connaissances de la filière sont réunies et mises à contribution lors de chaque demande de traitement d’un utilisateur. © OKP4
Grâce aux algorithmes, les données peuvent être valorisées sous plusieurs formes comme des infographies, des cartographies, des rapports, etc. © OKP4
Grâce aux algorithmes, les données peuvent être valorisées sous plusieurs formes comme des infographies, des cartographies, des rapports, etc. © OKP4