«Agir plutôt que subir », est le credo de Boris Rovira. Le jeune éleveur laitier, installé avec son père à Saverdun, dans le nord de l’Ariège, a fabriqué son propre échantillonneur de lait universel afin de diminuer ses dépenses.

Trois prototypes

« La crise sur le prix du lait en 2013 nous a causé de graves difficultés financières, se souvient Boris. Nous avons alors fait un tri sur nos approvisionnements, et cherché à diminuer nos factures, y compris sur le contrôle laitier. Leurs services se sont révélés trop onéreux, et nous étions les seuls dans le secteur à utiliser les robots pour la traite. Nous avons par conséquent résilié notre contrat avec l’organisme, qui nous demandait 5 000 à 6 000 € par robot, relate l’éleveur. Après quelques semaines de procédure d’échantillonnage à la main, j’ai commencé à réfléchir à un automatisme. À l’hiver 2014, je me suis mis à bricoler dans l’atelier, et la machine a fonctionné tout de suite ! »

Sans connaissances électroniques, possédant un BTS de gestion, comptabilité et fiscalité, ainsi que quelques notions de bricolage et de mécanique, Boris se lance dans la fabrication du premier prototype. Deux autres ont suivi. L’éleveur n’a eu de cesse d’améliorer son échantillonneur. La toute première version était par exemple entraînée par une chaîne. Il était alors question de valider le principe de fonctionnement. Le deuxième modèle comportait, quant à lui, encore beaucoup de soudures, et s’est révélé peu mobile. L’éleveur a finalement fait appel à une entreprise de découpe laser, située proche de la ferme. Les modèles suivants se sont progressivement perfectionnés, et fonctionnent aujourd’hui grâce à un vérin pneumatique et à un frein.

Davantage d’autonomie

« L’échantillonneur est simple, et s’adapte à tous les robots, se félicite Boris. Il y a 74 emplacements de flacons. La règle de départ nécessitait que tous les gobelets soient à la même distance. Pour l’alimentation du gobelet, il existe un seul acheminement, et pas de stockage intermédiaire, donc non plus de résidus possibles de la vache précédente. On ne trouve ce fonctionnement nulle part ailleurs. J’ai déniché l’astuce dans les matériels utilisés, et le lait se retrouve finement projeté dans le gobelet. En outre, l’entretien est à la portée de tout le monde. Il n’y a pas d’électronique. Changer les pièces est facile, et ne coûte rien. »

Pour l’éleveur, « le plus délicat est de faire communiquer les deux machines, précise Boris. On utilise la force du robot. Le principe est élémentaire, la grande roue de l’échantillonneur tourne au fur et à mesure que les vaches passent au robot. Une fois la traite réalisée, à partir du rapport d’entretien de l’engin, on établit la correspondance avec celui d’échantillonnage. Il faut seulement noter au préalable, quelle vache correspond au premier gobelet. »

« Mon échantillonneur maison me donne de la souplesse en cas de problèmes de cellules. Je peux davantage le solliciter, ce qui me laisse plus de liberté. Je n’ai pas compté mon temps pour cette invention, et au niveau coûts, j’ai dû dépenser pas moins de 20 000 € pour la développer », confie l’éleveur.

Sans nul doute, le prix de la liberté, de l’autonomie, voire d’une nouvelle activité (lire encadré p. 46). Boris a protégé son invention et l’a brevetée en 2017. « Je souhaite que l’échantillonneur reste accessible à tous les éleveurs, que ces derniers sachent qu’une autre solution existe… » Vincent Gobert