C’est la volonté de ne plus être dépendant des engrais qui a motivé Pierre-Henri Roland et son associé Benoît Levasseur à se lancer dans une méthanisation d’une capacité de 200 Nm3/h (normo mètre cube). « Nous cherchions à comprimer nos charges, explique le premier, céréalier à Barbery (Oise). Nous réussissions à passer au bas volume pour les traitements phytosanitaires, mais c’était difficile pour la fertilisation. Même lorsqu’on module, on ne réduit pas. »

Les deux exploitants sont donc entrés dans la méthanisation par la porte « digestat ». Après les réflexions démarrées dès 2012, la première pierre a été posée le 29 août 2016. « Le premier mètre cube a été injecté un an après », se félicite Pierre-Henri. Si le projet n’a mis « que » cinq ans pour être réalisé, il a nécessité une petite révolution dans le fonctionnement des fermes. Et en premier lieu des changements, l’agronomie. « Exit » les cultures à longue période de végétation comme le colza, place aux cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) et aux cultures dédiées.

CIVE et cultures dédiées

Les agriculteurs recherchent un maximum d’autosuffisance. Sur les 950 ha de SAU des deux fermes, 850 ha sont susceptibles d’être mobilisés à un moment de l’itinéraire technique pour la méthanisation : 10 à 15 % de maïs et de seigle dédiés, Cive d’été derrière pois et orge, Cive d’hiver avant le tournesol, par exemple, etc. Toutes les rotations sont chamboulées, les techniques également. Car désormais, préparation, semis ainsi que fertilisations du maïs et du tournesol sont réalisés en travail en bandes, appelé strip-till.

« La ration du méthaniseur comporte aussi de la pulpe de betterave, des déchets d’oignons, des drêches, des poussières, des issues de silos, précise Pierre-Henri. L’approvisionnement, c’est au total un tiers de pulpe, un tiers de déchets végétaux et un tiers d’ensilage de Cive. » Un premier mélange est réalisé dans la caisse de réception à fond mouvant. La matière est ensuite dirigée vers un mixeur qui fabrique une soupe la plus fine et homogène possible. Du digestat liquide issu du digesteur et de l’effluent provenant de la séparation de phase finale, les deux à 40 °C et chargés en bactéries, sont aussi envoyés dans le mixeur. Ce process participe à la diminution du taux de matières sèches qui atteint 4,5 %. « À aucun moment, de l’eau est ajoutée, insiste Pierre-Henri, du transport à l’épandage, cela coûterait trois fois plus cher. Avec ce procédé, la digestion est plus rapide car la soupe, réalisée toutes les vingt minutes, est déjà chaude et chargée en bactéries. »

50 jours de digestion

Particularité du modèle, l’unité ne comporte pas de post-digesteur. « Après le passage au mixeur, la soupe va dans le digesteur de 6 000 m3. La seconde cuve n’est que du stockage. » Le digesteur est chauffé à 40 °C grâce au compresseur utilisé sur le cycle d’épuration. « Une chaudière est installée mais nous n’avons pas eu à l’utiliser de l’hiver », se réjouit Pierre-Henri. Le temps de séjour moyen est faible comparé aux autres technologies : cinquante jours. Le digestat passe ensuite dans la cuve de stockage de 4 600 m3. Sa membrane se gonfle et peut accepter quatre heures de production. Le digestat subit une ultime étape de séparation de phase. Il est valorisé sur les sols des deux fermes, voire chez des voisins. La teneur en phosphore oblige à réaliser un plan d’épandage.

Côté biogaz, l’épuration débute avec la condensation de l’eau. Puis, deux filtres à charbon actif piègent le sulfure d’hydrogène (H2S). Le biogaz est comprimé à 15 bars et à 60 °C, à l’aide d’un compresseur d’une puissance de 180 kVA. Un condensateur et deux échangeurs à plaque se succèdent. Le biogaz passe dans les membranes pour être épuré du CO2 et la teneur en biométhane dépasse 97 %. Il est alors injecté dans le réseau de distribution GRDF de Senlis. La production atteint 200 Nm3/h, soit le maximum en consommation estivale. « Pour injecter plus, il faudra mailler Senlis à Chantilly, prévient Pierre-Henri, et nous le prendrions ainsi en charge. »

Côté finances, justement, 10 % des 4 M€ nécessaires de cette première tranche (lire encadré) sont apportés par les associés. Après moult négociations, c’est la banque CIC qui suit ce projet dorénavant baptisé SAS Valois Énergie. Seule aide obtenue, le Feder contribue à hauteur de 700 000 €. « Nous espérons voir l’installation amortie d’ici sept à huit ans. Le plus dur a été de constituer le fonds de roulement, colossal pour le stock. Mais ça s’arrange car on génère du CA. »